De l’obscurité
Vers la conscience éveillée
Des chaînes libéré.
De l’obscurité
Vers la conscience éveillée
Des chaînes libéré.
A mon fils adoré que je porte aux nues,
Voici venir le temps de prendre ton envol.
Déploie ces ailes miellées à ton dos suspendues.
Laisse-toi porter par le souffle d’Eole.
Si tu réussis, tu seras notre salut.
Sous un ciel azuré et radieux, Icare s’envole
Guidé par les arômes de menthe, de thyms répandus.
Fragrances de myrtes, de genêts, d’épilobes.
Montent les relents de la mer Egée
Exhalant des parfums de varechs iodés.
L’enfant, par la beauté à ses yeux dévoilée
Déploie grand ses ailes vers le soleil éclaté.
A mon cher enfant, réduis ta course effrénée
Mes cris désespérés ne peuvent t’atteindre
Au soleil exposées tes ailes enflammées
T’entraînent et ton corps dans les flots vient s’éteindre.
Scène 1 Atlas
(un vieil homme, le dos courbé, suant, genou à terre, pliant sous le poids, soutient sur sa têe une sphère énorme représentant la voûte céleste.)
Atlas Quelle chance de porter la voûte céleste sur mon dos, Zeus n’aurait pu me confier de tâche plus noble et glorieuse ! Je fais la pluie et le beau temps sur terre, je suis un dieu en somme ! (s’adressant au ciel) Calmez vous là-haut, cessez de remuer, j’ai un mal fou àconserver mon équilibre. La paix, bon sang ! Continuer la lecture
Amour de ma vie
Sous mes yeux, je t’ai perdu
Regrets éternels
Inspirée par l’attentat du 14 juillet à Nice :
Foule en liesse
Chevauchée satanique
L’enfer est sur terre
Bleu ciel étoilé
Blanc la faux qui s’élève
Rouge est le sang.
Je me présente : Argochouette. J’ai des yeux partout : devant, derrière, sur les côtés, sur la tête. J’ai toujours un œil ouvert, je veille. C’est vrai que je suis unique. Un grand nez pour sentir le vent. J’ai un odorat très développé, je sens venir les choses. Par contre, je n’ai qu’une oreille, elle est rouge à force de l’exercer à entendre. Il est possible que je ne doive pas m’y fier. J’ai parfois fait des choix en n’entendant qu’un son de cloche et alors je les ai regrettés.
Ma bouche est près du coeur, elle est reliée directement à mes membres, c’est elle qui commande mes actes. Il n’est pas certain qu’ils répondent toujours à mes injonctions. Ils réagissent parfois de manière incontrôlée mus par la peur ou par la colère.
On peut toujours dire que je suis un monstre. Je refuse de penser que je le suis. Je veux bien admettre que mes capacités oculaires me conduisent à exercer en permanence une mission de contrôle. Je suis toujours sur le qui-vive et cela m’épuise. Quoiqu’il en soit, je refuse d’admettre que je doive fermer les yeux sur certaines choses.
Je crois que je vous ai tout dit de ce que je sais de moi aujourd’hui et j’attends vos impressions afin de parer mon personnage de couleurs bariolées.
A la tombée du jour, dans le bush assemblé,
Les hommes offrent à la nature apaisée
Le chant de leurs instruments
Autour d’un feu crépitant.
Une offrande à la terre mère.
Vibration distordue
Les didjeridoos se répondent
Feulement, coassement, glougloutent,
Le son enfle au rythme envoûtant,
Les corps vibrent en écho
Et entrent en transe.
Gueule béante
Ouverte sur la vallée
Le temps est figé
Froidure du passé
Cris étouffés par le vent
Enfance fauchée Continuer la lecture
Je fus Inspirée par l’attentat perpétré sur la Promenade des Anglais de Nice au cours duquel 84 personnes ont perdu la vie, victimes d’un djihadiste qui a lancé son camion sur la foule venue assister au feu d’artifice du 14 juillet.
A l’aube de ce jour d’après le grand chaos où la terre saigne encore des blessures des innocents terrassés par la main vengeresse d’hommes en péril, je m’interroge. Continuer la lecture
Le conte est parfois perçant, quand il est nordique, il soulève la neige, des trolls aux mines. Les contes bercent l’imagination de l’enfant et le conduisent au voyage, au dépassement de soi.
Faces effrayantes grimacent et se jouent des feux follets qui les entourent. Quand ils sont de Perrault, ils donnent la parole aux animaux et nous montrent les chemins dérobés de la sagesse.
Et ceux de Grimm ! Ah ceux de Grimm ! La petite fille aux allumettes, heum, la petite fille aux allumettes ! Rien qu’à l’évoquer, mes doigts s’engourdissent, le froid me pénètre jusqu’aux entrailles. La lueur de la dernière allumette soufflée, les étoiles au ciel me sourient et scintillent l’éclat des âmes chères à mon cœur.
Il était une fois Argos qui habitait sur le plateau des Estables où en hiver souffle la burle jusqu’à pierre fendre. Ce garçon avait une particularité qui le distinguait et le tenait à l’écart des autres enfants du village ; il avait plus de paires d’yeux que la pieuvre n’a de tentacules et Shiva de bras réunis.
Argos avait, de jour comme de nuit, au moins une paire d’yeux ouverts, il veillait sans relâche, ne trouvant jamais le repos.
Dans sa tendre enfance, il n’avait d’yeux que pour sa mère, qu’il suivait partout. Une nuit, il la surprit alors qu’elle quittait en catimini le domicile familial. Elle somma Argos de ne pas la suivre. Quand la belle revint, elle se glissa sous les draps en faisant très attention de pas réveiller son époux. Pas un regard, pas une attention à son fils qui l’avait attendu toute la nuit sans rien dire. Depuis cette nuit-là, la peur de ne plus jamais revoir sa mère le hantait mais il n’en dit rien. Son enfance fut des plus solitaires, la plupart du temps, il restait à la ferme au lieu d’aller jouer avec ses camarades sur la place du village. Il devint taciturne et s’inventa des mondes imaginaires pour supporter sa mélancolie.
Mettant à profit les pouvoirs de son fils, son père lui confia très tôt la garde du troupeau de vaches et de moutons qui faisait la richesse de sa ferme. La capacité de son enfant de voir en même temps devant, derrière, d’un côté comme d’un autre, en haut en bas offrait un atout inestimable pour mener à bien le travail. Aucune bête ne pouvait échapper à sa surveillance. L’exploitation familiale prospéra et les talents d’Argos furent vantés à travers tout le canton.
Vint le jour de la fête du village, une jeune fille, venue en vacances aux Estables, attira son attention. Elle lui parut si belle et si charmante qu’il ne put détacher son regard de son visage doux et tranquille, de sa lourde chevelure rousse, de sa silhouette gracile et de ses yeux aussi bleus que le ciel un jour de grand soleil. Élisa, car elle s’appelait Élisa, tomba sous le charme de ce jeune homme tellement différent des autres garçons de son âge. Au premier face à face, l’apparence de ce jeune homme, dont la tête et le corps étaient couverts d’yeux qui la dévisageaient l’effraya. Surmontant son premier étonnement, et par curiosité sans doute; la jouvencelle parisienne revint le voir. Petit à petit ils éprouvèrent une attirance l’un envers l’autre ; ils découvrirent qu’ils avaient les mêmes vues sur le monde, qu’ils partageaient les mêmes valeurs, les mêmes envies d’avenir. Attentionné, timide et discret, attentif, répondant à ses moindres désirs, Argos couvait des yeux Élisa, il la comblait de tendresse et d’amour. Au printemps suivant, elle l’épousa bravant ses parents qui ne voyaient pas d’un bon œil l’union de leur fille avec un être aussi disgracieux, de souche paysanne de surcroît. Quand un plus tard, elle mit au monde deux beaux enfants, semblables à leur mère, la peau blanche, les cheveux roux et une seule paire d’yeux d’un bleu azur, la joie d’Argos fut à son comble. Deux paires de drap ne suffirent pas à éponger ses larmes de joie. Son attention à l’égard de sa petite famille redoubla, Il n’avait de cesse de veiller à leur sécurité, leur santé et leur bonheur. Toutefois, alors que l’amour entre les époux grandissait au fil des jours et des épreuves, le contrôle permanent qu’Argos exerçait sur Élisa et ses enfants commença à lui peser. Elle ne pouvait rien entreprendre, rien décider sans qu’il ne donne son avis, sans qu’il y appose un veto ou sans qu’il ne les conditionne à ses propres fins. Son souci de protection et son surcroît de précaution bridaient la moindre de ses envies et cassaient ses élans. Elle tenta à plusieurs reprises de l’alerter, de lui demander de la laisser respirer, de la laisser vivre un peu à sa guise, de ne pas brider ses initiatives. Argos comprenait et, repentant, jurait qu’il s’amenderait mais il ne pouvait lutter contre sa nature profonde et reprenait le contrôle et la veille rapprochée sur sa petite famille.
Puis, Argos tomba gravement malade, il fut atteint d’une maladie chronique qui lui occasionna de fortes douleurs et qui l’immobilisa au lit de nombreuses semaines. Fini les gardes incessantes auprès des siens, c’est lui qu’à son tour Élisa veilla, jour et nuit, soigna et réconforta. Il rageait de ne pouvoir vaquer à ses occupations et contre son gré, il baissa la garde et entama une lutte courageuse contre les atteintes de la maladie pour retrouver sa place auprès de son foyer. Il acceptait enfin que les êtres qu’il aimait, les choses, sa destinée même échappent à son contrôle. Il apprit le lâcher prise et revit à la baisse ses exigences envers lui-même et envers les siens. Il entama alors un long apprentissage pour regarder non plus à l’extérieur mais à l’intérieur de lui-même. Malgré ses pouvoirs de vision étendue, l’exercice fut difficile et lui demanda beaucoup d’application. Il fut bien étonné de trouver en lui la confiance, l’Amour et la compassion pour lui-même ainsi que pour les siens. La paix et l’Amour revinrent au foyer.
Beaucoup plus tard, quand vint le moment de sa dernière heure, c’est serein et apaisé qu’il ferma les yeux pour la dernière fois, sans peurs, heureux d’avoir accompli sa mission sur terre au mieux de ses capacités et comblé par l’amour de sa famille.