Archives de l’auteur : Mary Valette

Des fleurs et des sourires

Retrouver la turbulence de mes 7 ans,
L’énergie de cette dernière année d’innocence,
Le goût du roudoudou, du mistral gagnant,
Du caramel mou qui colle aux dents
Des roulades dans les champs à en perdre le nord
Plisser les yeux à regarder le soleil en face
Pleurer des larmes de joie
Ouvrir la bouche à s’en faire éclater les commissures
Sentir sur ma peau le souffle du vent
L’odeur de l’herbe qui pousse
Des fleurs de pissenlits
Les rires d’une course folle
Réveiller la petite fille endormie

Texte publié dans la revue mensuelle
Café poétique du Parc numéro 58 avril 2026
Association Le pont des Arts et des
Rencontres Culturelles Blanche Maynadier

L’art et la lumière

Lumière zénithale sur la grande galerie à ciel couvert du musée d’Orsay.
Fourmis à la recherche de l’œuvre qui fera chavirer leur cœur.
Valse piétinée en ronde autour de corps statufiés alanguis.
Perfection des formes, romantisme, mythes et légendes.
Étourdie par tant de beauté, un temps de pause d’arrêt sur image,
Temps d’écriture pour exprimer l’émotion.
La lumière du ciel d’hiver adoucit les formes,
L’éclairage naturel des œuvres exposées.
Retour dans les ateliers auprès des peintres amis,
Guidés par l’harmonie et la communion des hommes et de la Nature.
Scènes d’Histoire, symbolique des mythes côtoient
Les tableaux de scènes de nature et de vies champêtres.
Horloge du temps qui égraine les heures, martelant
L’histoire de ces heures glorieuses.

Paris février 2026

Mary au balcon

Dans son jardin d’Eden
Mary la souveraine
Sourit à la vie

Mary au balcon
Des glycines à foison
Joie dans tous les coeurs

Jaune, rouge, bleu
Éclats d’un printemps radieux
Sourir’o balcon

Mary a monté les marches
Regard à l’horizon
La vie devant soi

La senteur des fleurs
Le cri-cri des grillons
Mary s’élève

Elle a gravi toutes les marches
Nous l’attendions
Sans jamais perdre espoir

Près de la claire fontaine
Perchée sur son balcon
Mary chantera-t-elle

Mary la soprane
À la claire fontaine
Elle déclame

Reine en son royaume
Toutes fleurs écloses
Elle fait la pause

La reine des prés
En son Ardèche aimée
Nectar du miel

Ranga écrit par Claire, Mary et Sylvain // 10 avril 2025

Sur un arbre perché

Pour tout bagage, Dame Héron tient en son bec un fragment de barbe de palmier du jardin exotique de la famille Campagne, au bord de la rivière Ain. Ce palmier éventail aura bien la fibre voire la palme pour abriter un prochain nid, pense-t-elle : il s’adosse au pilier et est bien enraciné sur la rive droite ! Certes sa plus haute branche est fragile et plie déjà sous mon poids ! Pour autant Dame Héron dare-dare y construit un nid en quatre coups de bec. Sieur Héron lui n’est pas pressé de se caser, il préfère batifoler de falaise en falaise, de rive en rive, au gré des vents et des courants d’Ain. Il aura bien le temps… Continuer la lecture

Jeu loufoque

Une danseuse invisible
Sur un mystérieux transatlantique
Se fait photographier
Sur le pont
Un cure dent à la main
Étoile improbable
Une starlette sur goélette
Sans clé à molette.
 
Rouage verdâtre sur pilotis
Mauvais signe
Embrayage, débrayage,
Barcelone n’est pas loin.
La goélette file du mauvais coton.
Où sont passées les clés à molette ?
Non pas les cure dents
Les clés à molester !

C’est sérieux, sir ?

Or la bataille n’est pas franchement terminée : que vais-je devenir maintenant face à une telle offensive ? La bataille fut longue, épaisse, sonore, nauséabonde. J’ai donné le meilleur.
Le virus s’est propagé, sans modération, comme les galets d’une marée noire, instable, insidieux, nuisible, mortel !
Je me bats pour garder les yeux ouverts, en vain…
Je me bats pour respirer dans la puanteur acide…
Je me bats pour vivre, encore un peu …
Se battre : un avenir, pour qui, pour quoi ? Est-ce juste de combattre ?
Après avoir assassiné chiens, chats, rats, chevaux, veaux, vaches, cochons, quel humain résistera à cette hécatombe ?
Profonde solitude, immense tristesse, désespoir…et la tendresse ?

C’est sérieux, sir ? dit l’infirmière en me piquant les fesses comme chaque matin.

Un jeune homme de bonne famille

Marche après marche, étage après étage, un jeune homme de bonne famille réalise qu’ habiter un monde impossible à mesurer le dépasse, lui fils d’Adam, qui assure une présence permanente, le cœur battant et avec une inépuisable énergie.” Plus de feu” est sa devise !

La vie deviendrait-elle une tragédie si la limite a été dépassée ? Ne faudrait-il pas choisir la voie du milieu, ni trop ni pas assez ?

L’art et la manière de masquer ses émotions ne lui ont pas été enseigné !

Il ne croit pas beaucoup à la chance ni à sa renommée d’orateur.

Cela l’aurait-il épargné de ne pas renoncer au paysage au ras de la plage, lui qui l’aime tant ?

Jeune homme, la forêt vous attend, écoutez sa chanson, le sentier du bonheur, on voit grandir les cœurs gravés…

Dernier recours

En dernier recours, le chercheur d’or monte seul en direction des rochers, près des falaises. Les anciens assurent que les meilleures pépites se trouveraient encore là dans une galerie abandonnée. La nuit a été épaisse, un brouillard opaque a enveloppé les cabanes de fortune de ce village de forçats. Cheminées sans fumée, ruissellement d’immondices rendent l’atmosphère lugubre. L’air est glacé. L’entrée de l’ancienne galerie est obstruée. Il veille sur son sac d’explosifs. L’homme a pris soin de se couvrir de la pelisse volée à Matakari la fille du chef.
Elle l’attend là-haut de bon matin.

– Ce manteau ne te protègera de rien, dit Matakari en faisant face, tu es un voleur, un menteur, un violeur, tu mérites la mort la plus atroce, je suis là. Continuer la lecture

Haïkus tirés de la nature

La plume

Plume de héron
Au jardin des écrivants
Blanche comme page

Feuilles en émoi
Dans un grand envol d’idées
Poèmes encrés

 
L’écorce

Creuse et nue, la mue,
L’épiderme du vieil arbre
Gravé de veinules

Le bois motivant
Juste avant la mise à feu
Flamboie dans les têtes

Entre bois et rivière

La France lui manquait. Augustin vivait au Canada depuis déjà plusieurs décennies, Il bûcheronnait, en solitaire, s’étant construit une cabane au milieu des bois. Il allait rarement à la ville et voyait peu de monde, quelques fermiers lointains auxquels il livrait des chargements de bois. Quelques commerçants ambulants. Des indiens, chasseurs solitaires qu’il ne croisait qu’à l’occasion et peu sociables pour le reste. Les femmes ne lui manquaient pas, il n’y pensait guère, n’en voyant presque jamais, en revanche il avait la nostalgie de son pays natal, le Jura, et de sa famille qu’il avait laissée depuis tant d’années, parti à vingt ans, pour le nouveau monde avec un ami, sur un coup de tête, afin d’échapper à la conscription et à la guerre. Il pensait qu’elle ne durerait pas, elle avait duré cinq ans et en 1918, il avait pris ses habitudes, s’était enfoncé dans la vie solitaire. Son ami était mort dans un naufrage sur le Saint Laurent. Lui-même était devenu un homme des bois, sans autre horizon que le fleuve, par lequel, il transportait chaque saison avant l’hivernage, une part de son bois coupé.

Précisément, il s’apprêtait cette fois-là, à monter sur son radeau des troncs flottant, qu’il conduirait à la ville, quand il aperçut soudain non loin de la rive, comme une forme étrange. Une écorce de la taille d’un arbre mais évidée comme si le tronc lui-même eut disparu…Il ne l’avait pas encore remarqué et s’en approcha…En effet sous un autre angle on pouvait penser à un arbre normal, mais de près, la forme était manifestement creuse, et en écartant la fente large on pouvait voir dans le creux du bois, on pouvait même pénétrer son intérieur.  Augustin sans savoir pourquoi se glissa dans le tronc mystérieux, non sans difficulté, car c’était un homme costaud et bien bâti et l’arbre dont il élargit la fente à la force de ses muscles semblait s’ajuster à sa silhouette avec bien peu de marge.  Il entra donc sous l’écorce du grand sapin, et eut tout de suite, une étrange impression. Il lui sembla que l’arbre se soit comme refermé autour de lui. Il n’était pas inquiet et s’amusait même de la situation, il voyait le fleuve et son radeau de troncs, à quelques mètres de lui. Me voilà dans la peau d’un arbre se dit-il en riant. Il ne rit pas longtemps.

L’ouverture sembla se refermer davantage sur lui, immobilisant ses bras, oppressant sa poitrine…Il vit encore le fleuve et le radeau, imagina sa cabane si proche, songea à son pays d’enfance, si loin, et bientôt, il ne vit plus rien, s’enfonçant dans l’ombre du bois.