Mauvais rêve

A Greta Thunberg

Était-ce donc la fin du monde ?
Bouleversement d’émotions
Exacerbant peurs et tensions
Comme en une infernale ronde !

Tremblements de terre et paquets
De mer se jetant sur les plages
Et chiens aboyant mis en rage…
Maisons secouées jusqu’aux parquets

Frappant sans répit de leurs foudres
Les orages tournaient en boucles
Et des grêlons en escarboucles
Brûlaient les prés pour s’y dissoudre…

Cauchemar ou prémonition
La vision passa dans la nuit
Et disparut sans aucun bruit
Cette folle anticipation.

Ce dérèglement climatique
Pourtant n’est-il qu’un mauvais rêve ?
Il le sera si faisons trêve
À nos errements systémiques…

Martial Maynadier
le 2 avril 2025

Manifeste pour la paix

Baignade d’une larme de soleil
Sur le lac, la plage et le ciel
Un gosse chevauche sa draisienne
Un rameur s’époumone
Un Kite-surfeur s’envole
À la cime des vagues glacées
Des retraités déambulent
Le nez emmitouflé au vent
Un pécheur taquine une carpe
Un chien tire un joggeur
Tel un traineau sur la neige
Un sage médite en Zazen

Ailleurs

Les marchands de canon
Les tyrans mortifères
Boivent le sang des innocents
Des miséreux endoctrinés
Aux femmes violées
Aux enfants massacrés

Amis.es dites non à la violence
À la haine dans votre corps
Votre âme votre Esprit
Amis.es dites oui à l’Amour
À la création dans votre corps
Votre âme votre Esprit
C’est cela la Vie

Sylvain Josserand
Aix-les-Bains
2 avril 2025

Espoir et Nostalgie

Par la porte entrebâillée
Suivre un rayon de lumière,
Il t’indique la direction, le chemin,
Et voudrait t’alléger du poids de tes nostalgies,
De tes attentes déçues,
De tes douleurs aussi.
Ne les laisse pas t’assombrir, encore moins t’envahir,
Même si le monde s’effrite, même si ton monde s’effrite.
Il te faut impérativement rassembler les bribes de ces lambeaux de vie,
De ces larmes séchées, de ces creux, de ces nœuds, de cette tourmente
Et trouver en toi énergie et force pour raccommoder, repriser, réunir, lisser
De fils de soie, de fils de joie le temps à venir
Pour encore croire au possible.

Catherine COHEN (Katia LOU pour les illustrations)
Paris, le 12 mars 2025

5éme anniversaire Librairie La Folle Aventure

5ème anniversaire de la librairie la Folle aventure le 18 mai 2024
Des bénévoles
Une folle aventure
Audrey à Trévoux

Audrey prêtresse
De la folle culture
Trévoux en fête

Comment ça? Tu ne connais pas la librairie La Folle Aventure à Trévoux, la capitale des Dombes, dans l’Ain?
Elle existe pourtant depuis 5 ans! Depuis le 18 mai 2019. De nombreux auteurs de la Collection Le Parc y ont signé leurs ouvrages, en présence de son directeur artistique Martial Maynadier et d’Audrey, la libraire.

Les amoureux des livres réagissent au moment de la disparition de l’unique librairie de ladite ville. Cette librairie a-t-elle été emportée par la déferlante d’un fleuve d’Amérique du Sud, au bord duquel vivaient jadis les paisibles Indiens Yanomanis, ou par une chevauchée de Walkyries montées en amazones?

Des bénévoles font leur appel du 18 mai pour trouver des fonds! Je n’emploierai pas ce vilain mot d’anglais que l’on utilise aujourd’hui. Il évoque pour moi les crocs d’un chien plantés sur le gâteau fondant de mes petites économies.

Ces amoureux de la lecture et de la culture pour tous de qualité, mais non élitiste, — vaccinés dès leur plus jeune âge par les vaccins « Jean Dasté » ou « Jean Vilar » — trouvent un local, l’achètent, le retapent et créent une librairie coopérative. Ils embauchent une libraire. Ils procèdent avec elle à la constitution d’un premier stock. Dès janvier 2019, ils tiennent un stand au Salon du livre jeunesse de Trévoux.

L’inauguration de la librairie coopérative est splendide avec de la musique, un atelier d’écriture, des saynètes, une exposition de peintures et un buffet somptueux. Trévoux subit la double influence de la cuisine lyonnaise et bressane. Si elle endure les crues imprévisibles de la Saône, elle est arrosée régulièrement sans modération par les grands crus du Beaujolais.

Je ne vous en dirai pas plus. Lisez avec délectation le livre La Folle Aventure — création d’une librairie coopérative — de Marie-Noëlle Epelly, Collection Le Parc.
Si vous partez en vacances dans le Sud, faites une halte à Trévoux. C’est plus convivial que les aires d’autoroute!

Sylvain Josserand
Aix-les-Bains
19 mai 2024

Libraire Lucarne

Libraire
– Bonjour, m’sieur ! Je voudrais le « Médecin imaginaire »
– T’es sûr ?
– Certain on l’étudie à l’école avec les « Fourtreries d’escarpin ».
– Je vais voir s’il m’en reste en stock.
Albert chausse ses lunettes et consulte l’état de son stock à l’ordinateur.
– Il m’en reste quelques exemplaires à la réserve. Tu peux passer en début d’après-midi !
– C’est urgent. On en parle aujourd’hui en classe.

Malika sort de la librairie toute contente. Elle ne sera pas punie parce qu’elle n’a pas pu acheter le livre exigé par son professeur à temps.

Entre un vieux monsieur au crâne dégarni et appuyé sur sa cane de marche. Il furète dans la librairie. Il parcourt les quatrièmes de couverture des livres en tête de gondole. Ils s’attardent sur d’obscurs spicilèges de poésie, tourne discrètement les pages d’un ouvrage illustré consacré à la prostitution au XIX° siècle à Paris.
– Auriez-vous la traduction par Marco Martella de « Jardins en temps de guerre » de Teodor Ceric’ ?
– Il doit m’en rester quelques exemplaires.
– Vous aimez ?
– Je trouve très originale cette idée qui consiste à faire le portrait d’un auteur à la manière dont il cultive son potager.
– « Il faut cultiver son jardin », disait Voltaire.

Le vieil homme paye à la caisse en comptant avec minutie sa monnaie, puis gagne la sortie.
Entre une mère de famille très bon chic bon genre affublée d’une flopée de bambins blondinets.
– Je cherche un livre pour enfant. C’est pour l’anniversaire de Marie-Audrey.
– La fille de…
– Bien sûr.
– Je vous conseille « Vassilia et le Lechlii », c’est un conte d’inspiration russe.
– Ah ?
– L’auteur est dans la librairie. Il peut vous dédicacer le livre, fort bien illustré d’ailleurs par une professeure des écoles…

La mère de famille se dirige vers le rayon jeunesse. Elle consulte rapidement les ouvrages dans les rayonnages pendant que ses bambins font la sarabande dans la librairie.
– Je prends « Heidi chez son grand-père ». C’est une valeur sure, tout en jetant un regard suspicieux à l’écrivain attablé devant sa pile d’ouvrages invendus.
– L’illustration de Jessie Wilcox Smith est remarquable.

La mère de famille rassemble sa couvée, sort sa carte bleue, tape son code et salue respectueusement Albert, le libraire.

Albert songe alors en la déformant à la citation d’André Malraux . Toute population est imperméable à une autre. Mais les livres restent et nous sommes aveugles devant eux jusqu’à ce qu’un libraire trouve pour chaque lecteur le livre qui lui convient.

Sylvain Josserand  2005

Un son de cloche

Elle a tout d’une grande
Elle sonne et carillonne
La cloche restaurée
L’éminence grise du village

À portée de main
Au creux de l’oreille
Au choeur du sanctuaire
Elle résonne à nouveau

De bronze façonnée
D’une croix décorée
De bois étayée
Rien ne cloche

Tout près des toits de chaume
Reine en son royaume
A regagné son rang
En l’église Saint Philibert

La belle est baptisée
Bénie entre tous
Des épousailles s’annoncent
Les sonnailles sont de retour.

Claire Martial / Lyon / Mars 2025

Nostalgie-Espoir

Nostalgie de l’école élémentaire assurée par la Beate
Femme pieuse qui assurait des rudiments de savoirs(1)
De catéchisme dans les classes pauvres de mon pays natal
Sous l’impulsion d’Anne-Marie de Martel qui fonde en 1670
La congrégation des dames de l’instruction de l’enfant Jésus

Beate qui vivait seule dans la maison d’Assemblée
Construite par les habitants des hameaux de montagne
Elle appelait les enfants des fermes isolées avec la cloche
Elle assurait parfois le rôle d’accoucheuse
De contremaîtres pour le couvige(2) des dentellières

Nostalgie de ces terres cévenoles protestantes
Où les enfants lisaient la Bible couramment
Malgré les persécutions des Dragons du Roy
De la mise en prison à Aigues-Mortes de leur mère
Ou de la condamnation aux galères de leur père

Nostalgie des enseignants de la république des Escartons
Des Hautes-Alpes, d’Italie et de Briançon
Qui transmettaient leur savoir en Savoie et Dauphiné
Avec leur plume distinctif portée à leur chapeau de maître
On savait s’ils connaissaient le français, le latin
Des bases d’arithmétique d’histoire ou de rhétorique

Nostalgie de ces hussards de l’école publique
Qui permirent aux plus pauvres des provinciaux
De prendre l’ascenseur social du Savoir
Pour certains de devenir agrégé de grammaire
Et même Président de la cinquième république

Nostalgie d’une école au service du peuple
Nostalgie d’une école de formation des citoyens
De prise de recul contre la démagogie des politiciens
Souvent à la botte des fabricants d’armes de guerre
Pour faire de gosses pubères de la chair à canons
Au nom d’idées fumeuses de colonisation
Ou de conquêtes dérisoires de territoires

Nostalgie de l’école d’avant les troubles de Mai 68
Où l’on tua dans l’œuf tous les acquis de 1948
Dieu, ses propres parents et le goût de l’étude
Où la classe bourgeoise instaura pour son seul profit
Un pseudo-savoir d’ignares pour faire des citoyens
Des esclaves de l’économie libérale et du supermarché

Espérance de l’abandon du Smartphone à l’école
Espérance du bon usage des avancées technologiques
Espérance d’un retour de l’apprentissage des fondamentaux
Espérance de reprise en main de l’autorité de l’enseignant
Espérance d’une implication sage et raisonnée des parents

Espérance d’une école sans violence ni meurtre ni viol
Espérance d’une école sans harcèlement ni haine
Espérance d’une école multiculturelle et multiethnique
Espérance d’une école qui permette aux enfants d’immigrés
De ne pas rester aux bas des escaliers de leur cité à dealer du shit

Espérance d’une école de la Liberté de l’Égalité et de la Fraternité
Espérance du perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité
Espérance d’une école au service de la Paix et du désarmement
Espérance d’une école qui apprenne à respecter l’environnement

Sylvain Josserand
1 mars 2025
Aix-les-Bains

(1) La lecture a minima parfois l’écriture mais surtout le calcul
(2) Réunion de dentellières soit dans un local soit sur le pas de porte de l’une d’entre elles

 

 

Eclats de vers

2025 Publication personnelle de Claire Martial

Trois années d’écriture quotidienne, neuf mois de gestation
LE NOUVEAU LIVRE-NÉ EST ARRIVÉ

Je souhaite à notre livre, aussi unique qu’insolite, aussi inutile qu’indispensable, qu’il prenne le large, hisse sa voile poétique, vous embarque entre ciel et terre, cap sur les rêves, les éclats de vie, un voyage en poésie, en rimes, en ricochets, soyons gourmands.

Claire Martial / Lyon / Décembre 2024

Trêves

Rêver de bleu
En Méditerranée
Voguer entre mer et ciel
Et surfer sur un nuage
Sans peur.

Rêver de blanc
Enveloppé d’écume
Voguer sur le roulis
Et la vague l’emportera.
Sans filet.

Rêver de roses
En pétales écloses
Veiller sur le jardin
Et goûter son parfum
Sans filtre.

Rêver ton sourire
Étreinte en silence
Valser entre tes bras
Et s’aimer
Sans réserve.

Rêver ta voix
Écouter son mystère
Vibrer d’un son à l’autre
En suivant son rythme
Sans douter de rien

Rêver ton regard
Éclat de vie
Voguer sur tes paupières
Étancher tes larmes
Sans fermer les yeux

Songe d’une nuit d’été
Au claire de lune
Sur un autre rivage
Du bord d’un monde à l’autre.

Claire – Lyon février 2025

Rêves et vision

Se laisser conduire par une vague imaginaire qui vous transporte ailleurs.

Jour d’hiver,

Plat, humide, ciel blanc grisaille embrumé,

Un jour gris, journée métal.

Me voilà au pied de la Tour Eiffel, ravie. Ses couleurs s’accordent au temps, ses contours structurent l’espace, le gris du jour s’adoucit face à son imposante présence.

Mais je pourrais tout aussi bien faire un détour plus au sud, y chercher un peu de chaleur. Madrid, les images affluent, celles de mon dernier séjour dans la capitale espagnole. Je déambule dans les rues animées, sur des avenues larges et généreuses, prends place sur une terrasse. Espace doré, lumière de miel.

Mon regard se pose sur un bouquet de mimosas devant moi sur la table. Etincelles duveteuses. Je suis à Nice dans le jardinet des grands parents. Le mimosa embaume l’air. Douceur de ces moments heureux d’enfance, palpables, si proches tout à coup, et tout prêts à s’évanouir dans le passé du temps, comme un rêve.

Souvent, je change de lieu.

Une impression, une sensation et me voilà au croisement de deux rues.

Le jeu consiste à repérer les lieux , les nommer, tirer le fil qui me relie à eux, alors que je suis là, dans le présent, mais ailleurs aussi.

Promenades dans les méandres de ma mémoire.
J’aime ces balades imaginaires.

Elles prennent vie dans les fissures du temps, dans les brèches d’une journée maussade, ne durent qu’un instant , comme un flash, pétillent de malice et de cette connivence avec mon histoire.

Catherine COHEN
Paris, le 11 février 2025