Archives de l’auteur : Claire MARTIAL

À Borée

Sur la pente du Tchier
Une clairière poétique
Un labyrinthe initiatique
Où les pierres levées murmurent
Elles se sont enracinées
Sous le regard des sucs
Des forêts, des genêts
À l’odeur douceâtre de mon enfance.
Face au village perché
Aux maisons de pierres volcaniques
Aux toits de lauze argentés
Au lavoir illustré par Eve
Fraîcheur de l’eau
Où nos voix font écho
Les pierres du Tchier de Borée
Gravées, sculptées
Au ventre calligraphié
Façonnent la magie du lieu
Ainsi que le regard des passants
Une architecture naturelle
Une forêt de symboles
Convoque les mythes
Devant tant de beauté
Tant d’immensité
Ma plume s’envole
Les douleurs disparaissent
Et le spleen se métamorphose
En émerveillement.

Claire Martial – juillet 2026

La symphonie de la mer

Il fait toujours beau sur la mer
Mais moi si j’étais un poisson
Je traverserais les flots

     J’écouterai la symphonie de la mer
    J’écouterai la mélodie des vagues
    Et le chant des goélands
    J’écouterai le souffle du vent
   Et le roulis de la houle sur la falaise

Il fait toujours beau sur la mer
Mais moi si j’étais un poisson
Je traverserai les flots

J’écouterai la symphonie de la mer
J’écouterai le voilier dans le vent
Je me percherai sur son mât
Et un doigt vers le Sud
Je tutoierai les nuages

Il fait toujours beau sur la mer
Mais moi si j’étais un poisson
Je traverserais les flots

    J’écouterai la symphonie de la mer
   J’écouterai la plainte des sirènes
  Et le doux chant des baleines
  Ses flots bleus et noirs
  Son silence abyssal

           Au monde invisible
           Presque imperceptible
           Mon coeur s’ouvrirai
           Les flots je traverserai
           La lumière je franchirai
           Et la symphonie de la mer j’écouterai.

Claire Martial / Lyon / Novembre 2024

Un simple reflet

Les glaçons fondent dans leur verre de Spritz, la tranche d’orange s’accroche au rebord, la paille flotte en diagonale. Ils n’ont pas de suite aperçu sur la table basse, ce reflet jaune paille, reflet du chapeau du père, rapporté d’Italie, un chapeau qu’il quittait rarement.
Aujourd’hui c’est lui qui les a quittés.
Sa mort soudaine, inattendue. Tous deux sont absorbés, leur regard se croise, les mains jointes. Communion dans l’instant, silence. Son canotier, c’est toute l’Italie, son pays d’adoption, c’est Venise avant tout, un père voyageur aux ronds de chapeau, aux ronds dans l’eau. Une gorgée de Spritz. Un zeste d’amertume envers ce géniteur nomade, amoureux de l’ailleurs, globe-trotter aux multiples couvre chefs. Chapeaux et
sombreros, casquettes et chapkas, bérets et haut de forme furent sa signature et garderont son empreinte. Et ses enfants alors ?
Le reflet, la table basse, son canotier sans ruban : l’aurait-il relégué en secret dans la maison familiale en souvenir de sa passion dévorante pour la Senora Catalina de Venise, car chacun sait que depuis longtemps il partageait sa gondole, son palais devant le Grand Canal, son lit à baldaquin et ses allers-retours à Murano.
– Je me demande tiens regarde si ces verres à pied ciselés ne viendraient pas de Murano, souviens-toi, il négociait, il marchandait tout, tout le temps, trafiquait-il ?
– Il avait un culot monstre, peut on dire le sens du commerce, il arrivait toujours à ses fins, à n’importe quel prix, jusqu’à en perdre son honneur, qui sait…
D’un geste vif, elle attrape le chapeau, ouvre grand la fenêtre et le lance avec force.
Enfin, dit-t-elle tout haut ! Hop là, le canotier s’accroche de guingois aux épines du rosier blanc, l’ aïeul défunt se retrouve tête nue et ses héritiers désenchantés.

Claire Martial / Les Estables / Juillet 2026

La fille du lac

Elle aime l’eau du lac
Son odeur de terre
Ses nuances de gris
Son grain sableux
Son courant paisible
Son silence complice
Un mystère insondable
Alors sur le dos
Des ronds dans l’eau
À l’infini.

Claire Martial / Lyon / Juin 2026

Danser en duo

Lorsqu’elle danse
Elle danse sa vie
Bras et torse en mouvement
En arabesques
De son fauteuil elle danse
Les roues pivotent
En musique, en rythme
Son partenaire s’élance
Un élan presque félin
Il s’abaisse à ses pieds
S’enroule autour de ses épaules
Sa tête cherche son front
Leurs quatre bras s’entremêlent
Et tourbillonnent en cadence.
Le temps d’un souffle
Elle glisse
Elle s’échappe
Sur le sol étendue
Elle redresse le torse
Se penche, se redresse encore
Ses jambes muettes
Déployées en queue de sirène
D’un mouvement ample
D’un geste lent et souple
Il soulève son corps
Et la hisse sur ses épaules
Elle, emportée par le flux
Telle une Miss Liberty
S’élève, dansent les bras
Son torse s’anime
D’une force prodigieuse
Invincible
Elle danse en duo.

Claire Martial / Les Estables / Juillet 2026

Église de Mazet St Voy

La petite église en granit et en lauze surgit au milieu des prés. Dès l’entrée sous le porche roman, le charme du lieu saint me saisit, une telle simplicité m’émeut, la lumière naturelle me guide. Un choeur semi circulaire, la nef en arc brisé, la voûte reposant sur une croisée d’ogives, murs de pierres blanches et grises, autel de bois ciré et ses fleurs des champs,
fenêtres en arche, corde pendue sous le clocher semi-gothique, parterre de chaises en bois, tableaux en triptyque, rosace en marbre gravée d’une croix copte, une porte en bois sculpté.
Ce matin-là, nous écrirons dans l’église, côte à côte, dans un silence abyssal, gagnés par la sérénité et la fraîcheur, unis par un lien sacré, le désir d’écrire, écrire un jour, écrire toujours.

Claire Martial / St Voy / Juillet 2026

 

Au jardin botanique

Au jardin botanique du Mazet St VOY

Nous entrons au jardin botanique, une matinée caniculaire, un soleil de plomb, le jardin paraît épuisé, tant de soleil, si peu de pluie
depuis des mois. Un pont de bois enjambe le ruisseau, presque à sec. Les oiseaux piaillent, les hirondelles se croisent, un gigantesque
bouleau frémit, surpris, une légère brise, le chant d’une cloche accompagne notre déambulation, le millepertuis a fleuri en plein soleil, les iris ont fané, de jeunes pousses d’ortie sur les rives du cours
d’eau résistent, les baies de sorbier tardent à rougir, un calme souverain envahit le jardin, les arbres résilients se penchent vers nous, ombre bienfaisante, le ruisseau serpente mais ne glougloute plus, un petit monticule de terre fraîchement moulue par une taupe
assidue, perles de rosée sur l’herbe sèche, les iris d’eau gambadent malgré tout, en si peu d’eau, les saules pleureurs souffrent et pleurent sans larmes, les feuilles de châtaignier ont attrapé la rougeole, le coq chante, les poules lui répondent, les fleurs des tilleuls ont flétri, leur
parfum ruiné par la canicule, le noyer reste miraculeusement vert, angélique et guimauve s’inclinent, la vaillante valériane se redresse devant la timide sarriette.
Un oasis, ce jardin botanique, épatant…mais pour combien de temps encore !

Claire Martial / Mazet / Juillet 2026

Rencontres avec Monsieur Qin

Monsieur Qin nous reçoit dans son domaine, district de Xichang, dans la province du Yunnan, en Chine.
Nous découvrons son pavillon de thé, une invitation au pays du thé, une balade sensorielle.
Harmonie des lieux et du thé, harmonie des gestes du maître de thé lors de la cérémonie, grâce et volupté.

Nous entrons par le patio en bois construit sur pilotis, guidés par les chiens du logis.
Du silence, de la beauté, une maison de thé épurée, au cœur de la plantation de théiers.
Une table à thé, un gaiwan, une verseuse, une bouilloire en terre de Yixing, sous le signe du lapin, des tasses de dégustation. Installés autour de la table, nous entendons chanter l’eau, nous écoutons la voix du maître et sa sommelière raconter leur passion du thé, leur recherche de qualité au fil des années, leur quête quotidienne d’être au plus près des arômes de thé lors du process de fabrication et lors de la cérémonie de dégustation.
Et les arômes du thé de la première cueillette de printemps nous envoûtent réellement.
Nous dégustons des thés rouges, puis un thé Mao Cha de vieux théiers à longues feuilles.


Une rencontre, un thé exceptionnel, un maître généreux, et nous, invités curieux et passionnés.


Balade dans la plantation de théiers, bourgeons et feuilles de thé, quelques fleurs de théiers.

Recevez, Monsieur Qin, nos sincères remerciements. Ce fut un moment exceptionnel pour nous de vous rencontrer sur votre domaine et partager une dégustation de vos thés. Votre maison de thé dégage sérénité et simplicité qui vont de mise avec votre thé, vos choix de vie, votre regard bienveillant en cet instant magique.
Votre jardin de thé est un ravissement pour les yeux et le nez, un paysage inoubliable pour nous tous !

Claire Martial / Lyon / Avril 2025

Un son de cloche

Elle a tout d’une grande
Elle sonne et carillonne
La cloche restaurée
L’éminence grise du village

À portée de main
Au creux de l’oreille
Au choeur du sanctuaire
Elle résonne à nouveau

De bronze façonnée
D’une croix décorée
De bois étayée
Rien ne cloche

Tout près des toits de chaume
Reine en son royaume
A regagné son rang
En l’église Saint Philibert

La belle est baptisée
Bénie entre tous
Des épousailles s’annoncent
Les sonnailles sont de retour.

Claire Martial / Lyon / Mars 2025

Eclats de vers

2025 Publication personnelle de Claire Martial

Trois années d’écriture quotidienne, neuf mois de gestation
LE NOUVEAU LIVRE-NÉ EST ARRIVÉ

Je souhaite à notre livre, aussi unique qu’insolite, aussi inutile qu’indispensable, qu’il prenne le large, hisse sa voile poétique, vous embarque entre ciel et terre, cap sur les rêves, les éclats de vie, un voyage en poésie, en rimes, en ricochets, soyons gourmands.

Claire Martial / Lyon / Décembre 2024