Archives de catégorie : MARTIAL

Regroupement de tous les textes de Martial

REVUE ET PARC : les annonces

REVUE DU PARC février 2026 et annonces pour mars et avril

Chers amis, voici la revue du Café poétique du Parc de février 2026.

merci à tous ceux qui par leur textes ou leur soutien nous aident à garder la tête et le coeur en poésie

l’événement c’est le Printemps, la force de la nature qui se renouvelle et c’est pourquoi le thème de mars
sera LA NATURE ET LA VIE  (envois de textes jusqu’au 30 mars)
les deux rendez vous normands d’atelier direct seront le mercredi 4 à Glisolles et le mercredi 25 chez moi
Et deux événements-rencontres sont à prévoir (voir affiches en pièce jointe)
l’un à Evreux  le 14 mars (Hommage à Emilia Silvi qui viendra de Lanciano (Abruzzes)  pour nous présenter son dernier ouvrage bilingue.
l’autre à PARIS  Saint sulpice le 15 avril – un groupement inédit d’auteurs qui appellent à une mise en commun des créativités .
« Songez à gaiement et librement vivre » (précepte  de François Rabelais)
Martial

L’ile au trésor

Et un texte en vers libres

Où suis-je ?
Dans l’instant
Passager clandestin
D’une poussière tournante
Je rêve de la baie
D’une île pacifique
Derrière un promontoire
Se cache un noir vaisseau
Qui vient pour un trésor
Laissé par les pirates.
Un canot accoste une plage
De sable jaune et fin
Qui croule sous les pieds
La troupe menaçante
S’enfonce en la forêt
Et le chef une carte en main
Observe des palmiers
Qui forment comme un cercle
C’est là qu’ils trouveront
Le grand coffre enterré
Aux serrures de bronze
Et décoré de nacre

L’ours et le miel

Dans l’air flotte un parfum de thym
De fleur sauvage et de butin,
Frère l’ours lassé d’autres viandes
Suit des abeilles la guirlande

Jusqu’au jardin des potirons
Des grands soleils couleur citron
Et des tomates écarlates
Il bouscule toutes les plates
Bandes et suit chemin pavé
Blessant son pelage crevé
De piques d’insectes par vagues
L’environnant comme des algues

Alors, sous le ciel ardoisé
Il se prépare à tout briser
Et dispersant tous les légumes
Comme on vide un nid de ses plumes

L’odorat qui le guide encor
Du miel lui fait trouver le port !
Vers la nourriture entassée
Dans la ruche bientôt cassée

Martial Maynadier

LA CHALEUR DE L’ÉCRIRE

La chaleur de l’écrire allume le bien être
D’un souci de clarté qui nous vient en l’esprit
Et qui veut restituer tous les textes appris
En gardant le meilleur pour oublier le pire

Écrire, c’est parler la langue des lectures
Se souvenir des vers et des rimes sonores
D’un monde poétique où la faune, la flore
Et tout le genre humain, sont d’une autre facture

Créer, c’est cultiver le don de Prométhée
Mettre le feu du ciel en les eaux du Léthé
Et comme d’un volcan s’écoule un flot de lave

Laisser l’encre envahir toute la page blanche
Sans arrêter la main ni que l’âme ne flanche
Pour retrouver les mots que l’ange et l’enfant savent.

Un été de canicule

En ces temps d’autrefois, jeune sans le savoir,
Je passais mes étés, dans de grandes vacances
Comme un prolongement d’une trop longue enfance
Ma mère à la campagne aimait me recevoir

Je retrouvais là-bas sans m’en apercevoir
La famille d’antan, que dans l’adolescence
Je pensais immuable et sans obsolescence
Ces oncles et ces tantes que je ne peux revoir

L’été deux mille trois, au retour d’Italie
La chaleur débordait d’amour et la folie
Des voyages, des chants, tout semblait éternel

La canicule alors s’installa lourde et forte
Et je ne savais pas que derrière la porte
Se profilait la fin de ce lien maternel.

Mauvais rêve

A Greta Thunberg

Était-ce donc la fin du monde ?
Bouleversement d’émotions
Exacerbant peurs et tensions
Comme en une infernale ronde !

Tremblements de terre et paquets
De mer se jetant sur les plages
Et chiens aboyant mis en rage…
Maisons secouées jusqu’aux parquets

Frappant sans répit de leurs foudres
Les orages tournaient en boucles
Et des grêlons en escarboucles
Brûlaient les prés pour s’y dissoudre…

Cauchemar ou prémonition
La vision passa dans la nuit
Et disparut sans aucun bruit
Cette folle anticipation.

Ce dérèglement climatique
Pourtant n’est-il qu’un mauvais rêve ?
Il le sera si faisons trêve
À nos errements systémiques…

Martial Maynadier
le 2 avril 2025

Rêves et vision

Image folle et rêve étrange
Un livre ouvert une falaise
Des pages s’écroulaient des mots
Qui faisaient des tas sur la plage
Les mouettes venaient explorer
Ce qu’elles pouvaient picorer
Le recueil était tout troué
Comme dans l’Adrar à Ouadane
Et le sable faisait des dunes
Où se dessinaient des ridules
La mer était un grand désert
Où toutes les eaux absorbées
Par le buvard du bleu soleil
S’étaient retirées et cachées
La peur était qu’elles reviennent
En Tsunami tout engloutir
Il fallait marcher prudemment
Jusqu’au bateau dont le naufrage
Avait détruit les bastingages
Mais laissé intactes les cales,
Emplies d’or et de bijoux rares…
Mais comment s’en emplir les poches ?
Et puis s’il restait des pirates ?
Je me cherchai un véhicule :
Me fabriquai un char à voile
Avec plusieurs roues de brouette
Chargeant ce que je pouvais d’or
Je partis glissant vers l’ailleurs
En m’inquiétant de la soif
Il fallait rejoindre la côte,
Mais de quel côté la trouver ?…
Je pensais à suivre un oiseau
Blanc qui volait tout prêt de moi
Et commençais à lui parler
– Dis bel oiseau où dois-je aller ?
– Viens avec moi jusqu’à mon nid.
J’abandonnais donc mon radeau
Et je m’envolais avec lui…
Nous survolâmes la planète
Jusqu’à devenir satellites
Près d’une station orbitale
Ou des cosmonautes charmants
Opéraient des réparations
Reliés par leur cordon
Ombilical
C’était le grand nid de l’oiseau
La mère était là qui veillait
Nous protégeant de toutes vagues…
En pénétrant dans le vaisseau
Spatial je fus bien rassuré
J’aurais à boire et à manger.
Peut-être il fallait revenir
Devenir un homme grandir,
Je m’extrayais et je plongeais
Sans parachute avec confiance
Il me semblait que je volais
Du moins planais
Tranquillement je me posais,
Dans la prairie de la montagne
Où mille fleurs bien accueillantes
M’offrait leurs beautés leurs parfums

Martial le 17 février 2023

Feuille fantôme

Comme frissons triés sur le volet d’un store vénitien, la brise sur le lac formait des ondes sur les ondes, accentuées par le passage d’un ragondin, ondin mystique du monde subaquatique et par la course des poules d’eau, petits poulbots des eaux dormantes. Les nymphéas répandaient leur lumière pâle d’ivoire rosé dans le reflet des peupliers, et c’est alors qu’elle est tombée. Dans une virevolte d’écureuil, le long des arbres aux branches basses, elle a tenté de s’accrocher, la haute feuille des sommets, que le vent avait renversée, que le vent avait bousculée, que le vent avait décrochée. Elle a tenté de s’accrocher aux petits rameaux tout tendus, demandant de l’aide à ses sœurs, innombrables indifférentes… C’était trop tard, elle avait glissé dans le monde des disparus, des détachés, qui sont tombés. Elle a sombré dans le lac noir… Et pour un instant a flotté. Tout petit rafiot dérisoire elle a cru qu’elle était sauvée. Et dans sa nouvelle existence elle a cherché à s’accrocher, elle a cherché à retrouver la branche qu’elle avait perdue, dans le reflet du peuplier… Elle s’est posée. Mais la brise a recommencé, le ragondin a repassé, et la course des poules d’eau a, de nouveau, tout brouillé. La petite feuille mouillée, alourdie, déstabilisée, très vite, trop vite a coulé… Encore quelques virevolte, un pas de danse et d’élégance en sa plongée, et puis le monde des poissons, des algues vertes, avant la vase. Surprise de ce velouté, la feuille a pu se reposer, tout oublier. Et puis les saisons sont passées. La famille des cygnes un matin vint tout bousculer, remuant de leurs becs, les fonds… Une barque ensuite est venue et un pêcheur en remontant quelque poisson dans l’épuisette a vu la feuille, toute sombre et percée de vides, avec la nervure apparente, comme une ossature accablée… Elle était bien fantomatique, mais vive encore elle aperçut l’ombre noire de son grand arbre, dépeuplé par l’hiver, dépourvu de toutes ses sœurs.

Haïkus tirés de la nature

La plume

Plume de héron
Au jardin des écrivants
Blanche comme page

Feuilles en émoi
Dans un grand envol d’idées
Poèmes encrés

 
L’écorce

Creuse et nue, la mue,
L’épiderme du vieil arbre
Gravé de veinules

Le bois motivant
Juste avant la mise à feu
Flamboie dans les têtes

Entre bois et rivière

La France lui manquait. Augustin vivait au Canada depuis déjà plusieurs décennies, Il bûcheronnait, en solitaire, s’étant construit une cabane au milieu des bois. Il allait rarement à la ville et voyait peu de monde, quelques fermiers lointains auxquels il livrait des chargements de bois. Quelques commerçants ambulants. Des indiens, chasseurs solitaires qu’il ne croisait qu’à l’occasion et peu sociables pour le reste. Les femmes ne lui manquaient pas, il n’y pensait guère, n’en voyant presque jamais, en revanche il avait la nostalgie de son pays natal, le Jura, et de sa famille qu’il avait laissée depuis tant d’années, parti à vingt ans, pour le nouveau monde avec un ami, sur un coup de tête, afin d’échapper à la conscription et à la guerre. Il pensait qu’elle ne durerait pas, elle avait duré cinq ans et en 1918, il avait pris ses habitudes, s’était enfoncé dans la vie solitaire. Son ami était mort dans un naufrage sur le Saint Laurent. Lui-même était devenu un homme des bois, sans autre horizon que le fleuve, par lequel, il transportait chaque saison avant l’hivernage, une part de son bois coupé.

Précisément, il s’apprêtait cette fois-là, à monter sur son radeau des troncs flottant, qu’il conduirait à la ville, quand il aperçut soudain non loin de la rive, comme une forme étrange. Une écorce de la taille d’un arbre mais évidée comme si le tronc lui-même eut disparu…Il ne l’avait pas encore remarqué et s’en approcha…En effet sous un autre angle on pouvait penser à un arbre normal, mais de près, la forme était manifestement creuse, et en écartant la fente large on pouvait voir dans le creux du bois, on pouvait même pénétrer son intérieur.  Augustin sans savoir pourquoi se glissa dans le tronc mystérieux, non sans difficulté, car c’était un homme costaud et bien bâti et l’arbre dont il élargit la fente à la force de ses muscles semblait s’ajuster à sa silhouette avec bien peu de marge.  Il entra donc sous l’écorce du grand sapin, et eut tout de suite, une étrange impression. Il lui sembla que l’arbre se soit comme refermé autour de lui. Il n’était pas inquiet et s’amusait même de la situation, il voyait le fleuve et son radeau de troncs, à quelques mètres de lui. Me voilà dans la peau d’un arbre se dit-il en riant. Il ne rit pas longtemps.

L’ouverture sembla se refermer davantage sur lui, immobilisant ses bras, oppressant sa poitrine…Il vit encore le fleuve et le radeau, imagina sa cabane si proche, songea à son pays d’enfance, si loin, et bientôt, il ne vit plus rien, s’enfonçant dans l’ombre du bois.