Archives de l’auteur : Martial MAYNADIER

L’ile au trésor

Et un texte en vers libres

Où suis-je ?
Dans l’instant
Passager clandestin
D’une poussière tournante
Je rêve de la baie
D’une île pacifique
Derrière un promontoire
Se cache un noir vaisseau
Qui vient pour un trésor
Laissé par les pirates.
Un canot accoste une plage
De sable jaune et fin
Qui croule sous les pieds
La troupe menaçante
S’enfonce en la forêt
Et le chef une carte en main
Observe des palmiers
Qui forment comme un cercle
C’est là qu’ils trouveront
Le grand coffre enterré
Aux serrures de bronze
Et décoré de nacre

L’ours et le miel

Dans l’air flotte un parfum de thym
De fleur sauvage et de butin,
Frère l’ours lassé d’autres viandes
Suit des abeilles la guirlande

Jusqu’au jardin des potirons
Des grands soleils couleur citron
Et des tomates écarlates
Il bouscule toutes les plates
Bandes et suit chemin pavé
Blessant son pelage crevé
De piques d’insectes par vagues
L’environnant comme des algues

Alors, sous le ciel ardoisé
Il se prépare à tout briser
Et dispersant tous les légumes
Comme on vide un nid de ses plumes

L’odorat qui le guide encor
Du miel lui fait trouver le port !
Vers la nourriture entassée
Dans la ruche bientôt cassée

Martial Maynadier

LA CHALEUR DE L’ÉCRIRE

La chaleur de l’écrire allume le bien être
D’un souci de clarté qui nous vient en l’esprit
Et qui veut restituer tous les textes appris
En gardant le meilleur pour oublier le pire

Écrire, c’est parler la langue des lectures
Se souvenir des vers et des rimes sonores
D’un monde poétique où la faune, la flore
Et tout le genre humain, sont d’une autre facture

Créer, c’est cultiver le don de Prométhée
Mettre le feu du ciel en les eaux du Léthé
Et comme d’un volcan s’écoule un flot de lave

Laisser l’encre envahir toute la page blanche
Sans arrêter la main ni que l’âme ne flanche
Pour retrouver les mots que l’ange et l’enfant savent.

Un été de canicule

En ces temps d’autrefois, jeune sans le savoir,
Je passais mes étés, dans de grandes vacances
Comme un prolongement d’une trop longue enfance
Ma mère à la campagne aimait me recevoir

Je retrouvais là-bas sans m’en apercevoir
La famille d’antan, que dans l’adolescence
Je pensais immuable et sans obsolescence
Ces oncles et ces tantes que je ne peux revoir

L’été deux mille trois, au retour d’Italie
La chaleur débordait d’amour et la folie
Des voyages, des chants, tout semblait éternel

La canicule alors s’installa lourde et forte
Et je ne savais pas que derrière la porte
Se profilait la fin de ce lien maternel.

Mauvais rêve

A Greta Thunberg

Était-ce donc la fin du monde ?
Bouleversement d’émotions
Exacerbant peurs et tensions
Comme en une infernale ronde !

Tremblements de terre et paquets
De mer se jetant sur les plages
Et chiens aboyant mis en rage…
Maisons secouées jusqu’aux parquets

Frappant sans répit de leurs foudres
Les orages tournaient en boucles
Et des grêlons en escarboucles
Brûlaient les prés pour s’y dissoudre…

Cauchemar ou prémonition
La vision passa dans la nuit
Et disparut sans aucun bruit
Cette folle anticipation.

Ce dérèglement climatique
Pourtant n’est-il qu’un mauvais rêve ?
Il le sera si faisons trêve
À nos errements systémiques…

Martial Maynadier
le 2 avril 2025

Rêves et vision

Image folle et rêve étrange
Un livre ouvert une falaise
Des pages s’écroulaient des mots
Qui faisaient des tas sur la plage
Les mouettes venaient explorer
Ce qu’elles pouvaient picorer
Le recueil était tout troué
Comme dans l’Adrar à Ouadane
Et le sable faisait des dunes
Où se dessinaient des ridules
La mer était un grand désert
Où toutes les eaux absorbées
Par le buvard du bleu soleil
S’étaient retirées et cachées
La peur était qu’elles reviennent
En Tsunami tout engloutir
Il fallait marcher prudemment
Jusqu’au bateau dont le naufrage
Avait détruit les bastingages
Mais laissé intactes les cales,
Emplies d’or et de bijoux rares…
Mais comment s’en emplir les poches ?
Et puis s’il restait des pirates ?
Je me cherchai un véhicule :
Me fabriquai un char à voile
Avec plusieurs roues de brouette
Chargeant ce que je pouvais d’or
Je partis glissant vers l’ailleurs
En m’inquiétant de la soif
Il fallait rejoindre la côte,
Mais de quel côté la trouver ?…
Je pensais à suivre un oiseau
Blanc qui volait tout prêt de moi
Et commençais à lui parler
– Dis bel oiseau où dois-je aller ?
– Viens avec moi jusqu’à mon nid.
J’abandonnais donc mon radeau
Et je m’envolais avec lui…
Nous survolâmes la planète
Jusqu’à devenir satellites
Près d’une station orbitale
Ou des cosmonautes charmants
Opéraient des réparations
Reliés par leur cordon
Ombilical
C’était le grand nid de l’oiseau
La mère était là qui veillait
Nous protégeant de toutes vagues…
En pénétrant dans le vaisseau
Spatial je fus bien rassuré
J’aurais à boire et à manger.
Peut-être il fallait revenir
Devenir un homme grandir,
Je m’extrayais et je plongeais
Sans parachute avec confiance
Il me semblait que je volais
Du moins planais
Tranquillement je me posais,
Dans la prairie de la montagne
Où mille fleurs bien accueillantes
M’offrait leurs beautés leurs parfums

Martial le 17 février 2023

Feuille fantôme

Comme frissons triés sur le volet d’un store vénitien, la brise sur le lac formait des ondes sur les ondes, accentuées par le passage d’un ragondin, ondin mystique du monde subaquatique et par la course des poules d’eau, petits poulbots des eaux dormantes. Les nymphéas répandaient leur lumière pâle d’ivoire rosé dans le reflet des peupliers, et c’est alors qu’elle est tombée. Dans une virevolte d’écureuil, le long des arbres aux branches basses, elle a tenté de s’accrocher, la haute feuille des sommets, que le vent avait renversée, que le vent avait bousculée, que le vent avait décrochée. Elle a tenté de s’accrocher aux petits rameaux tout tendus, demandant de l’aide à ses sœurs, innombrables indifférentes… C’était trop tard, elle avait glissé dans le monde des disparus, des détachés, qui sont tombés. Elle a sombré dans le lac noir… Et pour un instant a flotté. Tout petit rafiot dérisoire elle a cru qu’elle était sauvée. Et dans sa nouvelle existence elle a cherché à s’accrocher, elle a cherché à retrouver la branche qu’elle avait perdue, dans le reflet du peuplier… Elle s’est posée. Mais la brise a recommencé, le ragondin a repassé, et la course des poules d’eau a, de nouveau, tout brouillé. La petite feuille mouillée, alourdie, déstabilisée, très vite, trop vite a coulé… Encore quelques virevolte, un pas de danse et d’élégance en sa plongée, et puis le monde des poissons, des algues vertes, avant la vase. Surprise de ce velouté, la feuille a pu se reposer, tout oublier. Et puis les saisons sont passées. La famille des cygnes un matin vint tout bousculer, remuant de leurs becs, les fonds… Une barque ensuite est venue et un pêcheur en remontant quelque poisson dans l’épuisette a vu la feuille, toute sombre et percée de vides, avec la nervure apparente, comme une ossature accablée… Elle était bien fantomatique, mais vive encore elle aperçut l’ombre noire de son grand arbre, dépeuplé par l’hiver, dépourvu de toutes ses sœurs.

La vie idéale

Il faudrait des bois, des fleurs, des oiseaux,
Un ciel bleu changeant, parfois des nuages
Un bateau, de l’eau, du sable et la plage,
Le soleil, la pluie, de grands animaux.

Je voudrais des cygnes et des corbeaux
Des bassins profonds oA? les poissons nagent
Des biches, des faons, comme en les images
Un pays magique ? tout serait beau;

J’aurai des chevaux, des chats, et des chiens,
Des amis parfaits, et tout serait bien
Avec une étoile, un soleil levant,

Des livres nombreux, et de quoi écrire,
Et de quoi penser, aimer et puis rire,
Peut-être une femme avec des enfants…

Bomlumassimne

Dans ce petit royaume de l’Europe centrale du cinquième siècle, l’arrivée des huns fut une catastrophe et même un cataclysme. Dès que la rumeur annonçant Attila et ses hordes se propagea, la panique fut immense. Les hommes pensèrent tout de suite à prendre les armes et se défendre, mais en fait d’armes, ils n’avaient, surtout, que leurs houes et leurs fourches, et bien peu d’épées.

Bomlumassimne était un royaume paysan, de quelques milliers d’âmes, et la garde du roi ne comptait que bien peu de soldats, peu habiles au combat. Les femmes voulurent se cacher ou s’enfuir, mais où ?

Sur les pentes qui descendaient jusqu’au fleuve s’étageaient les oliviers au feuillage argenté et à proximité existait une grotte sous une cascade. La jeune Loutsamine s’y réfugia avec d’autres jeunes filles, son amoureux Bloustan, et d’autres hommes de la ville, ayant le même souci de sauver leur bien aimée, les y conduisirent en transportant un lot de provisions et en leur enjoignant de rester dissimulées. Eux, les hommes allaient se battre et défendre le royaume, peut-être devant leur résistance les Huns se retireraient-ils ? Si ce n’étaient pas le cas, et si tout était détruit, du moins les jeunes filles seraient préservées, et quand les hordes d’envahisseurs se retireraient, elles pourraient regagner la ville, et contribuer à ce qu’elle renaisse.

La ville fut rasée, tous les hommes furent tués. Les Huns se retirèrent, poursuivant leur marche vers l’ouest. Et les jeunes filles sortant de leur cachette, tentèrent comme le leur avait demandé  les hommes de reconstruire leur vie, et la ville.

Mais plus d’homme, pas la moindre trace d’homme. Elles devinrent un peuple d’amazone, chassant, travaillant, s’exerçant au combat, construisant une république de femme. Mais la question de la postérité se posa, car si elles laissaient s’écouler le temps, dépourvue d’enfant la ville s’éteindrait.

A quelques lieues de là, le royaume de Nissembammoule avait également subi la destruction et le ravage des Huns, seule deux jeunes servantes avaient pu en réchapper.

Elles gagnèrent Bomlumassimne dont la réputation s’établissait sur tous les alentours.

Toutes deux, enceintes, donnèrent naissance à de beaux enfants, une fille et un garçon. La vie continuerait. 

Satire sur des ambulances

L’or, même en sa laideur, donne un teint de beauté
Disait l’ami Boileau sans crainte de fauter
Car la’or, comme l’argent, embellissent les gens
Ou leur donnent du moins un lot de courtisans
Tel répugnant, gros, laid, réputé comme porc
Pendant nombre d’années, fut célébré si fort
Qu’on le fit parangon des fA?tes d’Hollywood
Alors qu’il consommait starlettes en fastfood
Un autre, politique, expert en la finance
Et se voyant déjà président de la France
Fricotait en Belgique avec des malfaisants,
Femmes on lui offrait comme graine à faisan,
Une attitude un jour très inappropriée,
Qu’il eut en Amérique avec une employée,
Un viol plus qu’avéré, lui préta des millions
De dollars, et surtout quelques humiliations
La principale étant de rentrer dans le rang,
Mais de prison, na’en parlons plus, fermons le ban.
Car pour les tout puissants de richesse pourvus
L’oubli da’immunité n’est pas du tout prévu
Les journaux les médias n’aiment que ce qui brille
La dorure souvent la pire ordure habille
Et quand elle s’écaille on détourne les yeux;
La justice ne vaut que pour les gens de peu.