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Omansemlimsub

Omansemlimsub est un territoire de la chaîne himalayenne, perchée à 7.000 mètres d’altitude où ne vivent que des androgynes de trente ans d’âge. Ils ne vieillissent jamais. Ils ont la peau bleue et les fesses roses car ils se nourrissent en été que de mures, de myrtilles et d’une espèce de carottes endémiques aux racines profondes. La contrée est recouverte de neige six mois par an.

L’activité de ce peuple pacifique est la méditation, la rigolade, la peinture, le chant et la danse. Ils ne sont ni dominés ni préoccupés par la sexualité, le pouvoir et l’argent. Ils n’ont d’ailleurs ni monnaie ni banque.

Ils élisent un Roi tous les ans. Il est chargé de s’occuper de sept ruchers et d’un troupeau de dix yacks. L’hiver les Omansemlimsubiens ne boivent que du lait chaud sucré au miel. Certains gourmets regrettent que la cannelle ne pousse pas dans leurs vallées. Ce sont des ronchons que l’on écoute d’une oreille discrète.

Comme ni les Chinois, ni les Indiens, ni les Tibétains et encore moi les Mongoles ne sont parvenus à découvrir leur territoire, ils vivent en paix, malgré les richesses aurifères et en métaux rares de leur sous-sol, pourtant bien utiles à la fabrication des puces des microprocesseurs.

Seuls quelques initiés connaissent la trouée dans la montagne pour rejoindre leurs terres paradisiaques où sont interdits les buralistes, les dealers, les ethnologues, les ethnographes, les statisticiens, les politiciens, les banquiers, les économistes, les économètres, les startuppers et même les éleveurs de chiens, même pékinois.

Aucune route mais un sentier escarpé permet de rejoindre ladite trouée à partir de Sublime-Nammos où se trouve un centre commercial important. Dans ce lieu, à 4.000 mètres d’altitude, tous les artisans, tous les éleveurs et tous les maraîchers de la contrée se rassemblent pour échanger, vendre et conclure des contrats de mariage.

Les conversations vont bon train à l’apéro au Bar des Cévennes  tenu par un Ardéchois amoureux du Ladakh  sur les Omansemlimsubiens, ce peuple aux mœurs étranges. Un médecin-chercheur argentin prétend qu’ils sont tous rhésus O, comme les extraterrestres qui ont visité la Terre, il y a 30.000 ans.

Les rares personnes qui les ont visités, des initiés respectueux des plus vieilles traditions du monde gardent jalousement leur secret depuis des siècles. Celui qui trahirait aurait la gorge tranchée et le cœur arraché.

Gargamel, le fils d’Azarek le fourbe, un gourou venu de France aimerait pouvoir passer au travers de la montagne sacrée. Son père organise des stages d’énergétique constructiviste quantique, de symbolique celte transcendantale et de jeûne raîlien au sommet du Bugarach à Rhèmes-les-Bains en Ariège. Il aurait fourni à son fils la clef d’accès au passage secret. Information qu’il tient de bugnes à bugnes des extraterrestres venus faire la révision des 10.000 lunes lors d’une nuit de Saint-Jean d’hiver dans les cavernes du Bugarach.

Gargamel, le fils d’Azarek le fourbe, veut rencontrer les Omansemlimsubiens pour leur vendre des piscines gonflables en échange de leur élixir de vie dont il espère tirer un grand profit dans les marchés bios et végans de l’Ariège. Pourquoi des piscines gonflables, me direz-vous? Vous n’ignorez pas que les cascades d’eaux chaudes volcaniques et ferrugineuses qui irriguent en pétaradant Omansemlimsub ne se conservent pas dans des vasques. Soit l’eau s’évapore tout de suite, soit elle se fige en glace instantanément. Inconvénient notable pour les ablutions des rares visiteurs. Seules informations fournies par ceux-ci qui mettent en danger la sécurité des Omansemlimsubiens.

Gargamel erre des jours et des nuits entiers à la recherche d’un guide mais surtout d’un passeur. Si on ne peut pas passer par la trouée, on escaladera la montagne , songe-t-il après 10 nuits d’insomnies.

Il paye des sommes astronomiques des sherpas et des alpinistes himalayens formés à bonne école par Edmund Hillary, le premier vainqueur de l’Everest. On ajuste des bouteilles à oxygène sur les sacs des sherpas dans lesquels sont pliées des piscines gonflables. Deux par porteur. On installe le camp de base à 5.000 mètres. Les alpinistes posent une main courante et des ponts métalliques jusqu’au deuxième camp de base à 6.000 mètres. Des sherpas qui croient voir la trace du Migoi, l’abominable homme des neiges, s’enfuient à toute jambe à Sublime-Nammos.

L’ascension jusqu’à 7.500 mètres où l’on espère trouver un col pour rejoindre Omansemlimsub est périlleuse au milieu des séracs et des coulées de neige fraîche et du vent violent. Un guide tombe dans une crevasse, un autre sur 2.000 mètres. Encore quatre piscines gonflables de perdu  Déplore Gargamel.

Quand Gargamel, un guide népalais et deux sherpas arrivent au col, il ne reste plus que le cinquième du stock initial des piscines gonflables. Soudain, la terre tremble et s’ouvre en une gueule de feu dans laquelle se dissolvent dans le magma en fusion les piscines et les cinq hommes.

Accueillir, faire plaisir semble être la préoccupation principale des Omansemlimsubiens. La crevasse du guide se termine par un long tuyau de mousse et des tapis des fleurs arrosés d’eaux chaudes et nacrées dans lequel l’alpiniste soigne ses blessures. La pente neigeuse où dévale son collègue s’achève en pente douce dans un lac dont l’onde calme les angoisses et apaise la brûlure des peaux laminés par la glace et la neige gelée.

Vous avez compris. On soigne les deux malheureux. On se réunit autour d’eux dans un cercle d’énergie. On leur faire boire du lait de yack sucré de toute la réserve de miel de l’hiver. Chacun leur colle la salive sur les yeux. Ils deviennent aveugles et oublieux de leur séjour à Omansemlimsub jusqu’à leur retour au bar des Cévennes dans le centre commercial de Sublime-Nammos.

Le Chaman, élu comme le Roi pour une année pleine, car tous les Omansemlimsubiens ont des dons de voyance, de clairaudience et de médiumnité, voient dans son chaudron enflammé de branches de genévriers les corps en fusion de Gargamel, du guide népalais et des deux sherpas, ainsi que des objets fondus rougeâtres dont il ignore la nature, la texture et l’utilité.

Le Chaman dirige l’âme de Gargamel vers les Terres du perpétuel oubli où toute réincarnation est impossible. C’est le territoire de ceux qui empoisonnent l’humanité de génération en génération. Ils sont Légion depuis l’aube de l’humanité à la surface du globe.

Les Âmes de ses partenaires qui ont accepté de suivre Gargamel parce qu’ils n’en supportaient plus de faire les poubelles pour nourrir leur nombreuse famille dans les bidonvilles du centre commercial ont rejoint la Terre des félicités et des joies éternelles. De là, ils peuvent faire des allers-retours sur terre avec l’easyJet des anges et des archanges pour combler leurs gosses de victuailles et d’une éducation de qualité, gages de Liberté et de Paix.

Chroniques beaujolaises

Je n’ai jamais su si je devais aimer le vin, me laisser dominer par lui ou le fuir comme un ennemi.

Mon grand-père maternel était représentant en vins et spiritueux. Mon oncle par alliance et son frère usinaient tous les robinets et la fonte pour les cuves à vin. Ma grand-mère maternelle tenait un commerce d’ustensiles de cuisine et de services de tables. Elle louait de la vaisselle aux vendangeuses pour les repas des vignerons et les fêtes de vendanges.

Des ripailles, des cochonnailles, puis de la vomissure sur le pavé de la cour des bâtisses en pisé. Des bacchanales pendant lesquelles un grand flandrin, complètement nu dans un tonneau de raisin, hurlait à tue-tête : il y a des globules rouges, il y a des globules blancs, peut-être qu’il y a des globules rosés.

Je n’ai jamais su si je devais m’enivrer du breuvage divin ou le prendre pour le vitriole du diable.

Mon grand-père paternel était médecin du chemin de fer. Il amputait les cheminots imprudents ou ceux que les cadences infernales rendaient ivres ou fous. Ou ceux qui se laissaient broyer le bras sous un train ou dans une meule pour ne pas retourner sur le front dans les Ardennes. Un médecin de ville, officier dans les tranchées de 14-18, pouvait à cette époque pratiquer la chirurgie d’urgence.

Ma grand-mère paternelle d’origine suisse communiait sous les deux espèces le dimanche au temple de Villefranche.

Je n’ai jamais su si je devais boire du vin et des liqueurs ou nourrir à leur endroit une véritable horreur.

Dans ce pays de vignobles, où les gens sont chaleureux et bons vivants, dont le sang rouge irrigue les veines de la Ville de Lyon comme la Saône ou le Rhône, la cirrhose et le délirium tremens occupaient mon grand-père paternel à plein temps.

L’un de mes grands-pères était plutôt de gauche (un Rouge), l’autre de droite (un Blanc). Je sais que pendant la Résistance, ils s’accordèrent pour lutter contre la peste brune. Ils auraient pu dire non sans humour qu’à la’assemblée européenne quand les Verts voient rouges ils votent Blanc.

Pigments envolés

Une cloche tinte dans le matin, cristalline. Une barque trace des sillons à la surface de l’Ain. De mon promontoire, j’observe un peintre qui tague l’espérance du monde meurtri sur le mur des sons, A la surface des mondes flottants et sur les étamines d’une graminée portée par le vent.

Une simple tache rouge de pigments diffus sur une feuille d’aquarelle. De l’humide dans l’humide, précise le maître. Un univers de douceur qui se diffracte dans l’infiniment petit et l’infiniment grand du cosmos.

Une nouvelle étoile écarlate naît en pleine fusion dans une galaxie vert clair. La naissance d’un enfant déchire en hurlant la matrice originelle de la vie. Puis c’est le rien. Tout s’apaise. Tout n’est que calme et silence dans cette création éphémère.

Les pigments d’aquarelle s’évadent de la feuille et parsèment de grains de sable les coquelicots du champ de blé du poète quand il ouvre la fenêtre d’un simple souffle de vent.

La lettre

Je glisse avec mes skis de fond sur la neige du Plateau ardéchois. Je marque une trace dans la profonde congère. J’aime ce vent glacial qui me glace le visage. Des stalactites pendent des gouttières de la ferme du Mézenc.

Ma grand-mère est assise auprès du feu de cheminée. Ma mère prépare les bugnes. C’est une tradition familiale les bugnes, nappées de sucre glacé, à Mardi-gras.

Mon père n’arrive plus à ouvrir la boîte aux lettres. La serrure est prise par la glace.

Il chauffe les clefs avec une bougie. Lorsqu’il parvient à en extraire le courrier, j’espère une lettre de mon amoureuse, une fille de la ville. 

Se meubler de livres

Chronique insolite

Le libraire

La��exposition des antiquaires du Grand Palais dA�A�oit un peu car ils sont moins beaux qua��autrefois. AprA?s deux heures de queue, sans coupe-file, sous la bruine fine de Paris, je pA�nA?tre enfin dans le grand pavillon de verre et da��acier laissA� opportunA�ment entre Seine et Champs A�lysA�es aprA?s la��exposition universelle. Quand je pense que cet A�difice massif tient sur des pilotis en bois plus solides que du bA�ton.

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La boutique A� mots

Les murs de la boutique da��Albert sont tapissA�s des affiches des 20A� automnales du livre du Monastier-sur-Gazeille. Lors de cette manifestation culturelle rA�gionale, ja��ai dA�couvert qua��Albert A�tait un vendeur de mots savants couramment utilisA�es dans les ressources humainesA�: coaching, tolA�rance, empathie, colA?re, addiction, promotion, A�valuation, grilles de salaires, burn-out, work alcoolic, comprA�hension, mise A� pieds, licenciementsa��

Ja��ai justement besoin de la��un de ces mots pour ma prochaine intervention sur les valeurs humanistes qui devraient prA�valoir dans les institutions, les groupes sociaux, dans les A�missions de tA�lA�vision grand public, sur Facebook ou sur Twiter. Continuer la lecture