Archives de catégorie : Actualités 2026

Un chemin de fleurs

Partons de l’orchidée soyeuse du salon,
Une fleur de géranium au bord de ma fenêtre
Un parterre coloré d’espèces variées
Dans ma rue longue et grise,
Au numéro 17 très exactement,
Une curiosité que cette cacophonie,
Comme un éclat de rire en suspension
Plus loin, dans les jardins les fleurs s’épanouissent,
C’est la douce saison, le printemps revenu,
Elles sont comme des sourires juste sortis de terre
Pour nous interpeler,
Nous rappeler l’éphémère,
Mais aussi la joie ainsi que la lumière.
Y a-t-il aussi des fleurs sur les chaos du monde ?
Sur les terres calcinées, les ruines de la guerre ?
Y a- t- il aussi des fleurs dans tous les cœurs brisés,
Dans les larmes, les chagrins ?
Il suffit d’un peu d’eau, d’une brèche, d’une graine,
D’un filet lumineux et d’un souffle d’espoir
« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir » (Matisse)

Catherine COHEN
Paris, le 10 avril 2026

Travail forcé

Je ne sais pas si vous avez regardé l’émission sur Arte du 21 avril 2026 sur le Goulag, très bien documenté, notamment, par l’association Memorial, née en Union soviétique à la fin des années 1980, au moment de la perestroïka. Les zeks sont condamnés à de longues peines, sans procès, et pour des motifs qu’ils ne connaissent pas. Ils sont mélangés avec des bagnards, condamnés de droits communs, qui les maltraitent, les volent et les violent.

Les travaux de grande ampleur effectués par les zeks servent à développer les infrastructures inexistantes ou obsolètes, à extraire divers minerais de l’URSS mais, aussi à de grands chantiers comme un canal quasiment inutilisable et une voie ferrée impraticable.

De plusieurs milliers au début, à l’époque de Lénine, ils seront pas moins de 2,5 millions à celle de Staline. On a tous lu les ouvrages de Soljenitsyne à ce sujet. On apprend, dans ce reportage, que de nombreux ouvrages ont été écrits sur le goulag avant Soljenitsyne mais, qu’ils n’ont pas trouvé d’audience en dehors de la Russie. Par la suite, les propos réactionnaires de l’auteur éponyme, prix Nobel, seront particulièrement agaçants. Certains y verront un soutien à l’impérialisme américain, dont on connaît aujourd’hui les effets.

Le 28 décembre 2021, la Cour suprême de Russie a ordonné la liquidation de Mémorial International au motif officiel de violations de la loi sur les « agents étrangers ». Le tribunal municipal de Moscou a prononcé la liquidation du Centre des droits humains, Memorial. Ces décisions ont réduit au silence les structures centrales du mouvement en Russie, mais n’ont pas mis fin à son existence. De nombreux militants, chercheurs et partenaires ont poursuivi leur travail en exil ou de manière décentralisée. En 2022, le Prix Nobel de la paix a été attribué conjointement à Mémorial, au militant biélorusse Alès Bialiatski et au Center for Civil Liberties ukrainien, saluant la défense courageuse de la mémoire, de la vérité et des droits humains face à la guerre et à la dictature. La même année, la directrice exécutive de Memorial, Elena Zhemkova, a reçu le titre de Docteure Honoris Causa de Sciences Po à Paris. En 2023, afin de prolonger légalement et institutionnellement l’héritage de l’organisation dissoute en Russie, l’Association internationale Memorial a été créée à Genève pour continuer le travail de recherche, d’éducation et de défense des droits humains (sources Wikipédia).

Ce reportage d’Arte est presqu’aussi insoutenable à regarder que ceux sur la Shoa. Les nombreuses victimes ne sont pas gazées mais, sont tués par balles dans la nuque ou à la mitraillette comme à Katyn en Pologne. Plus de 2 millions meurent d’épuisement, de faim ou fusillés. Des populations rurales sont déplacées dans des villages proches des goulags. La famine comptera 6 millions de victimes parmi les paysans déplacés puisque la production agricole est désorganisée.

Quand on a beaucoup espéré comme moi sur la fin du capitalisme, et l’avènement d’une société plus juste, équitable et égalitaire, avec un réel partage de la richesse produite, un écart de 1 à 5 entre les plus bas salaires et les plus hauts salaires, un logement décent pour tous, une médecine à une seule vitesse, une éduction de qualité pour tous, l’accès au sport et à la culture pour le plus grand nombre, ce rappel du goulag et la vue des apparatchiks qui se gobergent sur les plages de la mer Noire, le cynisme des hauts dirigeants de l’URSS et la langue de bois de ceux du PCF produisent un profond malaise.

Mais, si l’on prend du recul, la question de fonds que l’on peut se poser deux questions :

  •  Pourquoi fait-on appel à des esclaves, à des bagnards, à des migrants sous payés et souvent embauchés au noir depuis l’Antiquité au XIX e siècle pour réaliser de grands chantiers, dans les mines, l’agriculture et sur les chaines de production ?
  • À qui profite le crime ?

Les exemples ne manquent pas sur une période 5 000 ans :

  • Construction des ziggourats en Mésopotamie
  • Temples et demeures royales en Égypte
  • Edifices divers pendant les Incas, les Olmèques, les oltèques
  • Bâtiments divers en Grèce et dans l’empire romain
  • Châteaux féodaux et palais dont celui de Versailles
  • Grande muraille de Chine
  • Cultures du coton et de la canne à sucre aux Antilles, en Amérique du Nord, à la réunion et Madagascar
  • Transports de marchandises à dos d’hommes d’Afrique vers l’Arabie
  • Extractions minières sur tous les continents
  • Camps de travail pour la production pendant le National socialisme
  • Travaux du bâtiment en Europe, au Qatar et dans les émirats
  • Travaux sur des chaines de montage depuis l’avènement du Fordisme

La liste n’est pas limitative et chacun trouvera d’autres exemples.

Dans tous les cas, les travailleurs forcés ou les migrants vivront dans des conditions précaires. Certains mourront de faim et d’un surcroit de travail. Les survivants, quand ils auront fini « leur mission », végéteront et seront exclus de la société. Leurs témoignages ne seront pas crus, comme cela a été le cas des rescapés de la Shoa. Les Noires d’Amérique, descendants de la traite négrière auront du mal à faire reconnaitre leur droits. Martin Luther King, un pasteur baptiste, sera assassiné lors d’un meeting pacifique pour la défense des droits.
Les enfants de migrants seront ostracisés dans des banlieues sordides. Certains décrocheront des diplômes mais, subiront le délit de faciès à l’embauche. D’autres, seront happés, dès leur adolescence, par les réseaux du grand banditisme : prostitution drogue, racket.
L’extrême droite et certains membres de la droite en Europe prôneront le retour au pays de populations arrivées il y a bien longtemps, pour certaines plus récemment, mais, en oubliant que le patronat a besoin de cette manœuvre servile, obéissante, sous payée, et non syndiquée.

Pour finir mon billet d’humeur, la liste des personnes à qui profitent le crime est comme un inventaire à la Prévert :

  • Le patronat dans son ensemble
  • L’État pour tous les personnels de catégorie C ; certes, il doit donner des subventions pour limiter la précarité et offrir des soins gratuits mais, c’est une goute d’eau par rapport à celles données aux entreprises
  • Les actionnaires car leurs dividendes sont d’autant plus élevés que la charge salariale est  faible
  • Tout le secteur marchand
  • Toi et moi car les prix bas des véhicules et des produits de consommation courante (en dehors du luxe) ne sont possibles que si les coûts de production sont faibles.

Sylvain Josserand
22 avril 2026

Kokhâgne

                                    Kokhâgne : encre et aquarelle

Trois bateaux sont affrétés.
Le premier n’a à son bord que des femmes. Les passagers sont exclusivement des dirigeants d’États démocratiquement élus, mais aux idées guerrières, des dictateurs fous, des généraux tyranniques, des fabricants et vendeurs d’armes, des architectes et des entrepreneurs en reconstruction. Une fête est organisée où le caviar se mange à la louche, où le champagne coule à flots. Des danseuses de cabaret offrent un spectacle de paillettes, de semi-nudité, de pirouettes et de french cancan.

Lorsque le navire borde au large de l’île déserte de Scrofule, tout le monde est invité à descendre du bateau. On offre aux passagers un barbecue de poissons, de brochettes de bœuf et de côtelettes de mouton. Les convives se reposent au soleil. Ils se baignent dans le lagon de ce lieu paradisiaque. Les cuisinières et les serveuses rejoignent leur bâtiment. On laisse sur place des caisses de nourriture déshydratée. On attire avec des quartiers de viande des requins qui forment une ceinture infranchissable autour de l’île. Le premier bateau prend le large et file plein sud vers l’archipel de Kokhâgne.

Le deuxième vaisseau est un porte-avions. Son équipage ne comporte que des hommes. Ils ont chargé, dans tous les ports du monde, des stocks d’armes, des chars, des missiles, des drones, des obus, des hélicoptères et des avions de combat. Au large du 45e parallèle, tous les matelots montent dans les hélicoptères pour rejoindre l’archipel de Kokhâgne. À d’autres points stratégiques, les bombes atomiques, les armes chimiques et biologiques sont désamorcées et rendues inutilisables. Toutes les liaisons avec la Lune et Mars sont coupées. L’ellipse Maginot de satellites et d’antimissiles qui protège la Terre est activée. Après une forte explosion, le porte-avions coule à 140 mètres de profondeur.

La troisième embarcation porte un pavillon « gaypride ». L’équipage se compose de personnes non genrées. Les passagers ont répondu à une invitation pour participer à la plus débridée des fêtes. Ce sont des proxénètes, des mafieux, des dealers, des narcotrafiquants, des esclavagistes, des violeurs, des passeurs de migrants, des dirigeants d’entreprises corrompus, des spéculateurs et des fraudeurs du fisc. À l’approche de l’île des cannibales de Tarentules, on les invite tous à rejoindre une cité fantastique où la cocaïne et les alcools forts décuplent leur endurance de fêtards. Quand ils sont assoupis ou occupés à partouzer, l’équipage rejoint son paquebot. On lâche des requins et des poulpes géants qui forment une barrière infranchissable autour de l’île. Sur le reste de la planète, tous les endroits décadents sont réduits en cendres, comme du chiendent et des mauvaises herbes.

Le dernier bâtiment a mouillé dans un port de l’archipel de Kokhâgne, où tout est paisible et délicieux. Le vent est doux. Le soleil tanne la peau sans la bruler. Aucun tsunami, point d’inondation ni de typhon. Le volcan ne crache plus son vomi de lave depuis mille ans. Tout pousse. Tout le monde dispose d’une habitation saine avec des chambres, l’eau courante, une cuisine et des WC. Les maladies sont rares. Aucun burnout ni dépression au contact d’une végétation prolifique et nourricière.

Face à la mer, les baleines et les dauphins, les enfants apprennent à lire, à compter et à écrire sans subir le moindre harcèlement. Ils respectent les adultes, les enseignants et les éducateurs. La plupart d’entre eux étudient dans des classes préparatoires, qu’il s’agisse de khâgne ou d’hypokhâgne, ou bien des classes préparatoires pour les grandes écoles d’ingénieurs, de médecine, de biologie, d’architecture, d’agronomie, de vétérinaire et d’artisanat de précision. Si les programmes prévoient d’aborder des personnages historiques qui ont été glorifiés jadis par leurs victoires militaires, il est crucial de mettre en évidence leurs excès et de se concentrer sur les artistes, les scientifiques, les ingénieurs, les artisans qui privilégient dans leurs recherches, leurs inventions et leurs créations la préservation des écosystèmes, les vaccins, la liberté, l’égalité et la fraternité.
L’écart de rémunération entre les exécutants et les dirigeants n’est que de 1 à 3.
Chaque habitant de Kokhâgne peut se rendre dans les épiceries et mange à sa faim. Les Restaurants du cœur, la distribution de soupe par l’Armée du Salut n’existent plus. Aucun enfant ne dort dans la rue. Les tentes des pauvres, plantées sous les abribus, le long des trottoirs ou dans les banlieues miséreuses ont été incinérées. Les rats ne leur mordent plus les pieds quand ils dorment. Les cités et les ghettos pour les moins nantis et les relégués du système productif sont devenus des cités jardins avec tous les équipements collectifs. Personne ne songe plus à les incendier par rage contre les profiteurs, les exploiteurs et les marchands de sommeil.
Il n’y a ni maire, ni président de département, ni député, ni président de la République. On se réunit en assemblée quand on le juge utile. On désigne alors un bureau pour organiser les débats. Il faut la majorité des présents pour adopter une mention. Chacun donne la dîme de son salaire pour le fonctionnement des instances communautaires. Personne n’est propriétaire d’un terrain ou d’un logement. L’actionnariat n’existe pas. Les gendarmes sont désarmés.

C’est dans ce paysage extraordinaire que je suis né. Tous les pionniers avaient imaginé un décor idyllique, exempt de tout conflit, de toute pollution et de toute aliénation. Un endroit où les enfants sont épargnés des coups de leurs parents et des abus sexuels de leurs enseignants ou de leurs ecclésiastiques.
Les personnes âgées les accueillent près de l’arbre aux contes pour leur parler des temps jadis, où la terre était sous l’emprise de puissances mortifères. Mais, surtout des temps actuels où la peur, la haine, le racisme et la violence ont été exorcisés dans le cœur de tous. Des plantes ont jailli de terre : des arbres à pommes de terre, appelés pomdapisse, des buissons à spaghettis désignés sous le vocable de spaghetoisisse. La garrigue, avec ses cactusisses à mortadelles, à saucisses et à cervelas, borde des étangs remplis de boudin, de pâtés et de rillettes.

Le vin qui rend fou a été remplacé par du litchilisse, au goût délicieux. Les alcooliques et les obèses sont soignés efficacement. Le tabac, qui fane votre beauté, a été stocké dans d’immenses hangars d’objets inutiles avec le haschich, le kif, le pavot et les champignons hallucinogènes. On les brule régulièrement dans les chaufferies du système collectif de chauffage des habitations.
Il convient de lécher les névés des montagnes quand on veut, au moment des fêtes, s’offrir une glace à la vanille, aux myrtilles ou aux amendes. On s’y rend en famille en prenant son piolet pour couper des blocs de glace pour les vieillards et les indigents restés dans la vallée.

J’ai été interviewé, récemment, par la télévision Galatax, d’une autre galaxie où la guerre n’est pas dans l’ADN de ses habitants.
Je vous fais écouter l’enregistrement sur Toutube-2070.

Galatax : J’ai relevé ceci dans le récit d’enfance d’un terrien. « Si tu m’aimes, rends-moi un service, va me chercher mes lunettes, épluche les légumes, lave la vaisselle, balaie le vestiaire. » Tel un chiot, qui attend en retour son os, il se précipitait pour exécuter ce qui lui était demandé par sa mère ou sa grand-mère. Il ne rechignait jamais quand son père lui demandait d’occuper une grande partie de son jeudi après-midi de congés scolaires à laver des murs, à poncer des parquets tel un raboteur du tableau de Caillebotte, à peindre des barrières, à retirer les germes des pommes de terre, à désherber des allées ou à ramasser des feuilles mortes : c’étaient les jours où il n’allait pas à une sortie avec l’école. En classe, il attirait l’attention des instituteurs par ses bonnes notes, mais aussi par son comportement servile. Il était méprisé et maltraité pendant la récréation, et parfois même dans les sous-bois, par ses camarades de classe qui lui passaient le pénis au cirage. On lui avait donné le sobriquet de Michu.
Socratus : Et alors ?
Galatax : Est-ce que ce type d’enfance existe toujours à Kokhâgne ?
Socratus : Non, bien entendu ! Je suis l’un des inventeurs du concept de paysage qui prend la forme, la texture et la couleur des pensées des résidents de Kokhâgne.
Galatax : C’est la raison pour laquelle, ici, tout est simple et si paisible ?
Socratus : Il pleut quand on a besoin d’arroser nos plantes. Il vente pour porter les graines au loin.
Galatax : Vous ne vous ennuyez jamais dans votre décor idyllique ?
Socratus : Comme nos pensées sont très créatives, notre paysage change tout le temps. On se réunit même en atelier d’écriture de paysages imaginaires.
Galatax : Pourquoi avoir gardé le libellé Kokhâgne si tout bouge, tout bouge.
Socratus : Par respect pour les fondateurs. Par tradition !
Galatax : Ah ?
Socratus : Ils étaient tous objecteurs de conscience, élèves de khâgne et d’hypokhâgne au moment de la troisième guerre mondiale de 2050 qui a fait 6 milliards de victimes.
Galatax : et le Ko ?
Socratus : En raison du préfixe co. Préfixe co, du latin cum, avec. Il entre dans la composition de nombreux mots où il indique l’association, la participation, la simultanéité.
Galatax : Vous êtes tous de bons copains ?
Socratus : On partage dans la fraternité le même pain. Kokhâgne est jumelée avec d’autres cités de la terre qui ont signé une charte d’alliance avec nous, basée sur la non-violence, le respect de l’autre et de l’environnement. Certaines communautés ont privilégié la banquise, les hauts sommets enneigés, la steppe, la campagne, la forêt et la savane. Chacun a défini son propre paysage imaginaire avec le seul souci d’assurer la pérennité de la nature, des espèces humaines et animales.
Partout, les animaux sauvages sont respectés. Ils ne sont ni farouches ni sanguinaires. Si certaines tribus ont besoin de protéines animales en raison de la dureté de leur climat, ils doivent chasser dans la limite du raisonnable et remercier l’animal chassé pour la nourriture offerte.
Galatax : N’est-ce pas utopique ?
Socratus : L’utopie ne peut plus attendre !
    Socratus — avril 2070

 

Novembre soyeux comme fourrure

Temps de novembre
Soyeux comme fourrure de chat
Vibrant tel un Stradivari

Aucune étreinte n’est vaine
Aucun baiser ne se perd
Ton sommeil est d’or et d’argent

Il y a quelque chose d’impur
Dans trop de pureté
Le sais-tu, Amour ?

En la forêt,
Ta main dans la mienne
Si fragile, si douce
Et ma main dans la tienne
Si petite, si gaie
Nos mains connaissent le chemin des mots
Il suffit de faire silence
Pour capter leurs frémissements,
Les plus beaux sont les mots enlacés
Qui cascadent de doigt en doigt
Sans jamais se fatiguer
Et rient à veines déployées,
Les plus charmeurs sont les mots notés
Qui affûtent leurs clés
Improvisent des gammes
S’adonnent à de virtuoses concerts.
Dans le sous-bois, l’air est pur
Un murmure d’extase flotte sous la frondaison
Le ciel dans tes yeux bande son archet
Demi-tour sur place
Ton autre main dans la mienne
Si câline, si songeuse
Et mon autre main dans la tienne
Si tendre, si attentive
Et le moment dans sa courbe éphémère
SI INTENSE !
En bordure de tes lèvres
Soudain,
Un ruisselet prend naissance,
Irrigue nos cœurs
D’une source vivifiante
Distille un chant d’amour
Pour nos âmes à la treille fruitée

Nos deux corps,
Par l’Amour
Sculptés
Rallume l’écho traversant les âges
La nouvelle m’en arrive avec cette longue ride d’écume

Mon amant, s’il tournait les talons
Laisserait une trace nacrée
Sur le sable mouillé de l’oubli
Mais l’Acte Sacré resterait

La nuit est tombée
La douceur d’aimer éclaire le sentier
Alors,
A califourchon sur le croissant de lune
Nous voici devenus deux astres
Qui nous éclairons mutuellement
Nos murmures sont des mots
Nos mots sont des chants
Invoquons cet univers bienheureux
Pour que jaillissent davantage de Liberté
De Légèreté et de Partage entre les Hommes !
Nous pourrons encore et encore
Connecter nos cœurs
Epuiser nos corps
Agrandir nos âmes

…  Mes écrits n’auront pas de fin

Michelle CHEVALIER – novembre 2025

La fantaisie

 

Où vont les rêves de la nuit?

Les rêves de la nuit ne s’en vont pas.
Pourtant, au réveil, une catégorie de rêves – les plus fréquents – semblent litérallement s’évanouir sans aucune possibilté de les rattraper. Il me plait d’imaginer qu’ils restent tapis dans un coin de ma tête, et continuent d’exister … même s’ils sont en dormance pour l’éternité.
Les rêves qui choisissent de s’accrocher aux limbes de mon cerveau, parvenant à laisser trace d’une vie nocturne, à mon insu, sont plus faciles à démasquer, à mettre en rapport avec tel ou tel évènement vécu.
Mais les rêves les plus malins, les plus impertinents affichent une étrangeté désarmante, surnaturelle; ainsi jalonnent-ils mes nuits! Je les compare à des arpenteurs, qui sans relâche, mesurent en tout sens, vont et viennent, ouvrent des portes, les referment avec grand fracas. Ces rêves m’interrogent, m’avertissent, peut-être même me protègent-ils? M’évitent-ils également de tomber dans les ornières? M’ouvrent-ils aussi la voie vers l’Au-delà?
J’écris souvent sur ce genre de rêves.
Enfin les plus spectaculaires restent ancrés dans ma mémoire vive et ne s’effaceront pas; ils sont plus rares mais véhiculent, à tout jamais, des informations impensables que je garderai secrètes durant mon existence.

Compagnons de la route céleste, les rêves sont comparables aux thés, de par leur saveur, leur odeur, leur ambiance, leurs bienfaits. Je les laisse s’infuser en moi, afin que l’un comme l’autre me pénètrent intensément. Cadeaux précieux.

Ca flotte entre rêves et réalité
Comme deux notes de musique
Diaprées.

Rêve et vie, même combat!
Si l’un venait à manquer
La seconde en tomberait malade

Michelle Chevalier Mai 2025

La Nature et l’Humain

Ah ! Septembre rouge
En sa beauté automnale
Sorbier aux oiseaux

Le ruisseau gazouille
Clairière enluminée
Sapins sous le charme

Quelque part,
Dans les montagnes
Aux lèvres poudrées de neige
Un homme, un loup
Se surprennent

…………………..

Sentiers d’automne
Haïkus en gestation
Cailloux de Poucet

Un athlète roux
En canopée, constellée
D’éclats de noisettes

Pommes et poires
Tentative d’approche
Rouge et or en bouche

Jardiniers courbés
Embrouillamini de voix
Bu par le brouillard
Beaumont le Roger
Le bramement des grands cerfs
Biches à l’arrêt

Soleil d’automne
Frénésie des sens
En attente

Michelle CHEVALIER

La leçon d’aquarelle

Pour ce stage en plein air, le choix devait se porter sur des couleurs transparentes depuis une liste précise de teintes.
Préparer avec soin et même minutie le matériel nécessaire, ne rien laisser au hasard. Se procurer un beau papier de tel grammage, un assortiment de pinceaux, une palette, une planche, un gobelet…
Cette étape demande du temps, de la concentration et permet de libérer par la suite le geste de peindre en mêlant l’eau au pigment. Un geste rapide et définitif. Il est possible de revenir sur une trace avant qu’elle ne sèche, délicatement avec les poils d’un pinceau, enlever un peu de matière pour laisser passer la lumière.
Car tout l’art de l’aquarelle consiste à laisser passer la lumière.
En usant de transparence, en allégeant ses pigments mais aussi en traitant l’ombre. Car l’ombre révèle la lumière.
Notre professeur faisait danser ses pinceaux sur la page avec dextérité, de ses pinceaux naissaient des paysages délicats, tout en nuances, aérés. L’eau, l’air, la lumière en fusion faisaient vibrer ses œuvres.
Nous étions plus maladroites nous, les stagiaires, mais nous avons tenté de reproduire cette légèreté, tenté de diluer le ciel dans l’eau, tenté de faire couler l’eau en brossant la feuille presque à sec.
Car pour peindre l’eau il faut être à sec,
Pour peindre le ciel il faut de l’eau.
En laissant apparaitre le blanc de la feuilles comme une respiration, comme un souffle, en posant les ombres avec le bon mélange de pigments, on permet le passage de la lumière.

Catherine Cohen
Paris, le 23 février 2026

Cascade réalisée pendant le stage d’aquarelle

REVUE ET PARC : les annonces

REVUE DU PARC février 2026 et annonces pour mars et avril

Chers amis, voici la revue du Café poétique du Parc de février 2026.

merci à tous ceux qui par leur textes ou leur soutien nous aident à garder la tête et le coeur en poésie

l’événement c’est le Printemps, la force de la nature qui se renouvelle et c’est pourquoi le thème de mars
sera LA NATURE ET LA VIE  (envois de textes jusqu’au 30 mars)
les deux rendez vous normands d’atelier direct seront le mercredi 4 à Glisolles et le mercredi 25 chez moi
Et deux événements-rencontres sont à prévoir (voir affiches en pièce jointe)
l’un à Evreux  le 14 mars (Hommage à Emilia Silvi qui viendra de Lanciano (Abruzzes)  pour nous présenter son dernier ouvrage bilingue.
l’autre à PARIS  Saint sulpice le 15 avril – un groupement inédit d’auteurs qui appellent à une mise en commun des créativités .
« Songez à gaiement et librement vivre » (précepte  de François Rabelais)
Martial

L’art et la lumière

Lumière zénithale sur la grande galerie à ciel couvert du musée d’Orsay.
Fourmis à la recherche de l’œuvre qui fera chavirer leur cœur.
Valse piétinée en ronde autour de corps statufiés alanguis.
Perfection des formes, romantisme, mythes et légendes.
Étourdie par tant de beauté, un temps de pause d’arrêt sur image,
Temps d’écriture pour exprimer l’émotion.
La lumière du ciel d’hiver adoucit les formes,
L’éclairage naturel des œuvres exposées.
Retour dans les ateliers auprès des peintres amis,
Guidés par l’harmonie et la communion des hommes et de la Nature.
Scènes d’Histoire, symbolique des mythes côtoient
Les tableaux de scènes de nature et de vies champêtres.
Horloge du temps qui égraine les heures, martelant
L’histoire de ces heures glorieuses.

Paris février 2026

L’ile au trésor

Et un texte en vers libres

Où suis-je ?
Dans l’instant
Passager clandestin
D’une poussière tournante
Je rêve de la baie
D’une île pacifique
Derrière un promontoire
Se cache un noir vaisseau
Qui vient pour un trésor
Laissé par les pirates.
Un canot accoste une plage
De sable jaune et fin
Qui croule sous les pieds
La troupe menaçante
S’enfonce en la forêt
Et le chef une carte en main
Observe des palmiers
Qui forment comme un cercle
C’est là qu’ils trouveront
Le grand coffre enterré
Aux serrures de bronze
Et décoré de nacre