Archives de l’auteur : Catherine COHEN

Espoir et Nostalgie

Par la porte entrebâillée
Suivre un rayon de lumière,
Il t’indique la direction, le chemin,
Et voudrait t’alléger du poids de tes nostalgies,
De tes attentes déçues,
De tes douleurs aussi.
Ne les laisse pas t’assombrir, encore moins t’envahir,
Même si le monde s’effrite, même si ton monde s’effrite.
Il te faut impérativement rassembler les bribes de ces lambeaux de vie,
De ces larmes séchées, de ces creux, de ces nœuds, de cette tourmente
Et trouver en toi énergie et force pour raccommoder, repriser, réunir, lisser
De fils de soie, de fils de joie le temps à venir
Pour encore croire au possible.

Catherine COHEN (Katia LOU pour les illustrations)
Paris, le 12 mars 2025

Rêves et vision

Se laisser conduire par une vague imaginaire qui vous transporte ailleurs.

Jour d’hiver,

Plat, humide, ciel blanc grisaille embrumé,

Un jour gris, journée métal.

Me voilà au pied de la Tour Eiffel, ravie. Ses couleurs s’accordent au temps, ses contours structurent l’espace, le gris du jour s’adoucit face à son imposante présence.

Mais je pourrais tout aussi bien faire un détour plus au sud, y chercher un peu de chaleur. Madrid, les images affluent, celles de mon dernier séjour dans la capitale espagnole. Je déambule dans les rues animées, sur des avenues larges et généreuses, prends place sur une terrasse. Espace doré, lumière de miel.

Mon regard se pose sur un bouquet de mimosas devant moi sur la table. Etincelles duveteuses. Je suis à Nice dans le jardinet des grands parents. Le mimosa embaume l’air. Douceur de ces moments heureux d’enfance, palpables, si proches tout à coup, et tout prêts à s’évanouir dans le passé du temps, comme un rêve.

Souvent, je change de lieu.

Une impression, une sensation et me voilà au croisement de deux rues.

Le jeu consiste à repérer les lieux , les nommer, tirer le fil qui me relie à eux, alors que je suis là, dans le présent, mais ailleurs aussi.

Promenades dans les méandres de ma mémoire.
J’aime ces balades imaginaires.

Elles prennent vie dans les fissures du temps, dans les brèches d’une journée maussade, ne durent qu’un instant , comme un flash, pétillent de malice et de cette connivence avec mon histoire.

Catherine COHEN
Paris, le 11 février 2025

Vision et Paysage

 

Il est un paysage gravé dans ma mémoire,
Un souvenir lointain qui parfois ressurgit.
Il est un paysage enfoui dans le passé
qui, comme une vision, éclaire, protège et réconforte.
Le temps n’a pas fané l’éclat de ses couleurs,
Des bleus profonds, saturés, ourlés d’un jaune sable.
La blancheur d’une maison qui rayonne au soleil.
Pareil à un tableau d’art contemporain, dépouillé, essentiel,
avec ses tâches de lumière délicatement disposées.
Elles diffusent chaleur, douceur et bienveillance.
Cette vision paysage se dresse comme un rempart dans mon univers intérieur.
Contre le gris du ciel, contre les inquiétudes, contre les rugosités du monde.
Une évidence, une protection.
Assise à l’arrière de la voiture que conduit mon grand-père, le nez collé à la vitre,
Je regarde, éblouie, la splendeur de l’été à Tanger.
Plus de soixante ans ont passé.

Catherine Cohen
Paris, le 5 avril 2024

A ma mère

La porte s’ouvre sur une pièce lumineuse exposée, en ce huitième étage, à l’immensité du ciel
grâce aux larges baies vitrées qui lui font face.
Un fauteuil haut tourne le dos à l’entrée, depuis la pièce principale. Il est nécessaire de
s’avancer, de le contourner pour apercevoir l’ombre de ta silhouette, ton corps lourd affaissé sur le fauteuil, tes traits fins, tes beaux cheveux blancs. Tu te tiens immobile, absente au monde
autour de toi, absente à toi même. Le claquement de la porte, la sonorité de mes pas, ma voix
lancée vers toi, exagérément enjouée, n’ont provoqué aucune réaction de ta part.
Posée là, face au ciel, tu n’en distingues pas les nuances bleutées, tu ne remarques pas les
longues traînées blanches, brumeuses, tu ne ressens pas la caresse d’un rayon de soleil
oblique qui vient danser vers toi.
Lasse, fatiguée, inerte, tu sembles perdue dans un monde parallèle ou dans un autre temps,
peut-être.
Il est pourtant clair et fonctionnel ce lieu. Pas seulement, il fourmille aussi de souvenirs de
famille, de beaux tableaux, de livres, de meubles raffinés à l’extrême comme ce cabinet florentin sur son socle de plexiglass, ce guéridon en marqueterie, la lampe paon en cloisonné chinois, tant d’autres encore.
Tu ne les vois plus, ces objets témoins d’un autre temps, qui t’ont accompagnée, élégante et
enjouée, dans le mouvement de ta vie.
Comment tout cela a- t’il pu arriver, comment sommes nous parvenus à ce point de non retour?
Y-a-t-il eu, précisément, un instant de bascule, ou bien encore le temps a-t-il érodé ton désir, doucement, patiemment, l’effritant, te faisant reculer, renoncer, abdiquer, chaque fois un peu plus ?
Nous t’avons couverte de notre tendresse, nous, tes filles, nous t’avons regardé t’éloigner dans
ta nuit, impuissantes.
Nous venions t’apporter nos histoires du monde du dehors, nos photos, nous forcions un peu
nos rires pour te retenir encore un peu.
Ton désir s’en était allé.
Le fil a fini par se casser.
Dans quelques jours nous rendons les clés.
Il va falloir, il faut, retenir notre souffle, déplacer nos regards, emballer nos peines, vider les lieux et, définitivement, refermer cette porte.

Catherine COHEN
Paris, le 16 mars 2021

 

 

Dire la nuit

Un peu de nuit pleure doucement dans les cils d’un pinceau, elle s’étale délicatement en arrondi, repli de nuit, comme des promontoires flottant dans une mare grisonnante, dans une immense tâche délimitée par des murs invisibles, posée sur le blanc de la feuille , blanc d’un silence aveuglé.

La nuit se dit dans cet espace opaque, presque lisse. Elle s’impose avec d’imperceptibles nuances, elle s’étale aux yeux de tous, naturellement sombre, liquide. La nuit se boit, s’absorbe et se répand.

Un appel, une évidence, impossible d’y échapper.

Le lieu idéal

Il serait baigné de lumière,
J’y jetterais un tapis vert
D’herbe douce au parfum léger
D’herbes folles mélées d’églantier.

Il serait empli de quiétude,
Loin des bruits, tapages, inquiètudes,
Une maison haute et tranquille
Ouverte au monde loin de la ville.

Il serait bon de s’y trouver,
De réunir, de s’y croiser,
Il serait doux d’y apporter
Tout le meilleur et le donner.

Sublime-Nammos

Pour accéder à Sublime-Nammos, il fallait prévoir du temps, se recharger en énergie et de préférence aimer la marche.

A ma connaissance, il n’y avait aucun moyen de transport connu possible. Aucune route, mais un sentier escarpé à partir de Nammos le Mibus, centre commercial important, lieu de passage, d’échanges, de marchés colorés, un lieu vivant et grouillant.

Seuls quelques initiés connaissaient la trouée dans la montagne, passage conduisant à cette terre paradisiaque.

Quelques maisons, un lac, une forêt protégée des regards, un climat exceptionnellement doux et clément.

Les quelques familles installées à Sublime-Nammos depuis plusieurs générations avaient développé un réseau d’entraide qui reposait sur les compétences ou qualités de chacun.

J’avais découvert  Sublime-Nammos  tout à fait par hasard après avoir vu un documentaire sur cette région et rencontré Osmana chez des amis. Elle était venue en stage à Paris pour quelques semaines et semblait si pressée de rentrer chez elle. C’est ce qui m’incita à faire le voyage. La curiosité, le besoin de dépaysement mais aussi l’invitation chaleureuse d’Osmana qui entrouvrait une porte vers un monde inconnu.

Ce qui m’a le plus touchée, l’hospitalité des Sublime- Nammosiens, leur attention à l’autre.

Accueillir, faire plaisir semblait être leur principale préoccupation, ainsi que la fieré de leur pays.

Ne me demandez pas l’itinéraire ou bien la carte de la région ou bien encore les hébergements possibles. Ne me demandez pas plus de précisions sur Sublime-Nammos, je ne saurais les apporter.

Car, si j’évoque aujourd’hui Sublime-Nammos, c’est afin de reconstituer le puzzle, rassembler les pièces enfouies au fond de ma mémoire.

C’est si loin . Je garde un souvenir émerveillé, ému, nostalgique d’un paradis perdu, A tout jamais.

Comme vous devez le savoir, un volcan s’est réveillé dans la région de Nammosie, dissipant Sublime-Nammos dans un magma en fusion.

A ce jour, il ne reste plus rien de ce rêve éveillé, ou plutôt restent les bribes de nos souvenirs et de nos témoignages.

 

 

 

Les mondes flottants

Défilé de photos et retour à la fleur, aux fleurs plutôt. Elles m’attirent. Effet graphique, explosion de couleurs, rayonnement harmonieux. J’aurais pu les dessiner tant elles résonnent en moi.

J’ai vérifié qu’elles ne provenaient pas de mon dossier d’images. L’harmonie qu’elles dégagent tient de la rencontre entre l’arrondi des contours enveloppant, maternant et le jaillissement des couleurs de feu maintenu dans cette rondeur.

Cette alliance crée une impression de plénitude au-delà de l’esthétisme, de l’effet décoratif qu’elles produisent aussi. Danse joyeuse, corolles épanouies, ces fleurs me sourient et m’invitent en leur ronde.

Plongée en Paysage

Réapprendre à sentir une brise rieuse,
-Frèlement-
Humer la fraîcheur du jour finissant,
-inspire-
Recevoir les vibrations des couleurs,
Accueillir le vert- duvet, le jaune mordant, l’orangé piquant,
Se délecter de vert, tant et tant de verts,
Celui qui apaise et celui qui dynamise,
Se laver au bleu limpide du ciel,
Se confier à l’eau qui passe sans jamais s’arrêter,
Intégrer les couleurs, les absorber, les chanter, les pleurer,
les psalmodier, les sublimer.
Toutes ces nuances subtiles, comment les dire?

Baudelaire voulait des prairies teintes en rouge et des arbres peints en bleu.
Rouge est ma joie, ma vitalité retrouvée, ma force de vie,
bleu l’arbre dressé entre ciel et terre paisible et relié,
jaune le reflet du soleil à mes pieds sur une terre violette.
Comme si je rendais au monde toutes ses offrandes,
les couleurs se modèlent et se métamorphosent par ce que je ressens,
par ce que je sais dire aussi.
Plonger en paysage, une expérience unique et créatrice.