Archives de l’auteur : Michelle CHEVALIER

Novembre soyeux comme fourrure

Temps de novembre
Soyeux comme fourrure de chat
Vibrant tel un Stradivari

Aucune étreinte n’est vaine
Aucun baiser ne se perd
Ton sommeil est d’or et d’argent

Il y a quelque chose d’impur
Dans trop de pureté
Le sais-tu, Amour ?

En la forêt,
Ta main dans la mienne
Si fragile, si douce
Et ma main dans la tienne
Si petite, si gaie
Nos mains connaissent le chemin des mots
Il suffit de faire silence
Pour capter leurs frémissements,
Les plus beaux sont les mots enlacés
Qui cascadent de doigt en doigt
Sans jamais se fatiguer
Et rient à veines déployées,
Les plus charmeurs sont les mots notés
Qui affûtent leurs clés
Improvisent des gammes
S’adonnent à de virtuoses concerts.
Dans le sous-bois, l’air est pur
Un murmure d’extase flotte sous la frondaison
Le ciel dans tes yeux bande son archet
Demi-tour sur place
Ton autre main dans la mienne
Si câline, si songeuse
Et mon autre main dans la tienne
Si tendre, si attentive
Et le moment dans sa courbe éphémère
SI INTENSE !
En bordure de tes lèvres
Soudain,
Un ruisselet prend naissance,
Irrigue nos cœurs
D’une source vivifiante
Distille un chant d’amour
Pour nos âmes à la treille fruitée

Nos deux corps,
Par l’Amour
Sculptés
Rallume l’écho traversant les âges
La nouvelle m’en arrive avec cette longue ride d’écume

Mon amant, s’il tournait les talons
Laisserait une trace nacrée
Sur le sable mouillé de l’oubli
Mais l’Acte Sacré resterait

La nuit est tombée
La douceur d’aimer éclaire le sentier
Alors,
A califourchon sur le croissant de lune
Nous voici devenus deux astres
Qui nous éclairons mutuellement
Nos murmures sont des mots
Nos mots sont des chants
Invoquons cet univers bienheureux
Pour que jaillissent davantage de Liberté
De Légèreté et de Partage entre les Hommes !
Nous pourrons encore et encore
Connecter nos cœurs
Epuiser nos corps
Agrandir nos âmes

…  Mes écrits n’auront pas de fin

Michelle CHEVALIER – novembre 2025

La fantaisie

 

Où vont les rêves de la nuit?

Les rêves de la nuit ne s’en vont pas.
Pourtant, au réveil, une catégorie de rêves – les plus fréquents – semblent litérallement s’évanouir sans aucune possibilté de les rattraper. Il me plait d’imaginer qu’ils restent tapis dans un coin de ma tête, et continuent d’exister … même s’ils sont en dormance pour l’éternité.
Les rêves qui choisissent de s’accrocher aux limbes de mon cerveau, parvenant à laisser trace d’une vie nocturne, à mon insu, sont plus faciles à démasquer, à mettre en rapport avec tel ou tel évènement vécu.
Mais les rêves les plus malins, les plus impertinents affichent une étrangeté désarmante, surnaturelle; ainsi jalonnent-ils mes nuits! Je les compare à des arpenteurs, qui sans relâche, mesurent en tout sens, vont et viennent, ouvrent des portes, les referment avec grand fracas. Ces rêves m’interrogent, m’avertissent, peut-être même me protègent-ils? M’évitent-ils également de tomber dans les ornières? M’ouvrent-ils aussi la voie vers l’Au-delà?
J’écris souvent sur ce genre de rêves.
Enfin les plus spectaculaires restent ancrés dans ma mémoire vive et ne s’effaceront pas; ils sont plus rares mais véhiculent, à tout jamais, des informations impensables que je garderai secrètes durant mon existence.

Compagnons de la route céleste, les rêves sont comparables aux thés, de par leur saveur, leur odeur, leur ambiance, leurs bienfaits. Je les laisse s’infuser en moi, afin que l’un comme l’autre me pénètrent intensément. Cadeaux précieux.

Ca flotte entre rêves et réalité
Comme deux notes de musique
Diaprées.

Rêve et vie, même combat!
Si l’un venait à manquer
La seconde en tomberait malade

Michelle Chevalier Mai 2025

La Nature et l’Humain

Ah ! Septembre rouge
En sa beauté automnale
Sorbier aux oiseaux

Le ruisseau gazouille
Clairière enluminée
Sapins sous le charme

Quelque part,
Dans les montagnes
Aux lèvres poudrées de neige
Un homme, un loup
Se surprennent

…………………..

Sentiers d’automne
Haïkus en gestation
Cailloux de Poucet

Un athlète roux
En canopée, constellée
D’éclats de noisettes

Pommes et poires
Tentative d’approche
Rouge et or en bouche

Jardiniers courbés
Embrouillamini de voix
Bu par le brouillard
Beaumont le Roger
Le bramement des grands cerfs
Biches à l’arrêt

Soleil d’automne
Frénésie des sens
En attente

Michelle CHEVALIER

Le passé, le présent et… à venir

Retrouvailles lyonnaises du 4 décembre 2023 chez le traiteur et pâtissier Pignol, autour du livre collectif : l’ENNEADE

Une chanson ancienne de Jean-Nathy Boyer dit ceci :

Ils sont venus de tous les côtés, rien n’a pu les arrêter….y compris les obstacles de dernière minute (car tel a été le cas !!!)

Nous voici enfin tous les 10 réuni.es – au lieu des 11 prévu.es initialement -. Voilà pourquoi, je tenais à rendre hommage à Dominique, lequel s’est dévoué  pour que les livres puissent être distribués à tous les auteur.es de l’ENNEADE.

Des retrouvailles, donc, telle une plongée dans le passé, datant des rencontres au Chalet d’ambre, lors des stages d’atelier d’écriture aux Estables, animé par Sylvain, et la parution en 2014 de notre premier livre collectif : DES MOTS SUR UN PLATEAU.

Les cartons remplis du livre collectif ENNEADE, amenés en voiture dans des conditions rocambolesques de Normandie par Martial, sont ouverts avec fièvre et joie mêlées. Une quantité de pages du journal Ouest France, servant à maintenir les livres en place, vole dans le salon de thé ; je m’amuse à observer cette ruche en effervescence qui bourdonne en tous sens : chacune s’esclaffe, touche le grain de l’objet- livre-trésor, complimente Sylvia et Claire pour la présentation picturale de la première de couverture ; les commentaires fusent, les émotions sont plurielles, surtout pour Evelyne dont c’est le premier livre édité. Elle est descendue en compagnie de son mari, ce matin, du plateau enneigé des Estables, à notre rencontre, dans cette ville-lumière aux couleurs changeantes, habillée hier de froidure et de soleil, aujourd’hui chargée de vent et de pluie.

Passé ce passionnant moment de découverte et de prise de possession des ouvrages, nous voici rassemblé.es autour d’une table de fête.

Nous trinquons en chœur à nos retrouvailles, avec du vin du pays d’oc (à défaut de côtes du Rhône), à ce moment très particulier où le passé s’imbrique avec le présent, où défile en nos têtes une foultitude de souvenirs.

Les échanges continuent d’aller bon train, il est en premier lieu question de nos apparences, lesquelles ont évidemment un peu changé (neuf ans après !). Ce sont surtout les coiffures que l’on évoque en premier, puis nous, les femmes,  montrons une photo de nos tout petits-enfants « Ah, ces mamies !!! » comme dirait un ami.

La cuisine est excellente et nous nous régalons les papilles.

Une fois le repas terminé, Martial a la bonne idée de proposer que nous lisions, chacun.e à notre tour l’un des textes, haïkus ou poèmes publiés dans le recueil. C’est un moment émouvant que de réentendre le timbre des voix de chacun.e des auteur.es. C’est comme une musique qui prend corps et me transporte.

Le moment de la séparation approche. Chacun.e emporte son butin, qui dans un sac, une valise ou un chariot de marché.

Au rez de chaussée du restaurant Pignol, la pâtisserie du même nom bruit de monde. Je vois un homme à l’humble attitude, silencieux, indifférent aux lumières, au brouhaha ambiant et aux cartes bleues qui « chauffent ». Je croise son regard mi-amusé, mi-interrogateur ; je devine qu’il est le mari d’Evelyne, et qu’il pense probablement qu’il est temps pour eux de reprendre la route en direction du plateau enneigé des monts du Mézenc. A-t-il aimé déambuler dans la ville-lumière en attendant sa femme ? A-t-il hâte de rejoindre son village, battu par la burle ?

Au sortir du magasin-restaurant, nous retrouvons le vent, la pluie. La nuit est tombée mais ce ciel de décembre, entre deux déchirures de nuages, arbore des couleurs magnifiques.

Il y a beaucoup de monde sur la place Bellecour, illuminée. Heureusement, Mary, accompagné par Sylvain, a la gentillesse de nous aider à trouver l’arrêt de bus qui nous ramènera (les deux parisiennes et les deux  normands) à la gare de Lyon-Part Dieu.

Reprendre le chemin du retour, refermer cette parenthèse en douceur, après avoir vécu un espace-temps fort, chaleureux qui renforce des liens d’amitié entre ami.es de la même « confrérie de la flamme créative ».

Poèmes de Michelle

Blanc Gris

Blanc
Gris
Balaiement des nuages
L’épi qui monte
Une porte entre deux arbres
L’oiseau qui fend le tronc
Craquement imperceptible
Balancement des cordages
Surgissement d’un masque
Blanc
Le bras droit levé vers
Le silence
« Lion végétal, mon frère
Attendrais-tu le voyageur? »