Archives de catégorie : SYLVAIN

Regroupement de tous les textes de Sylvain

Travail forcé

Je ne sais pas si vous avez regardé l’émission sur Arte du 21 avril 2026 sur le Goulag, très bien documenté, notamment, par l’association Memorial, née en Union soviétique à la fin des années 1980, au moment de la perestroïka. Les zeks sont condamnés à de longues peines, sans procès, et pour des motifs qu’ils ne connaissent pas. Ils sont mélangés avec des bagnards, condamnés de droits communs, qui les maltraitent, les volent et les violent.

Les travaux de grande ampleur effectués par les zeks servent à développer les infrastructures inexistantes ou obsolètes, à extraire divers minerais de l’URSS mais, aussi à de grands chantiers comme un canal quasiment inutilisable et une voie ferrée impraticable.

De plusieurs milliers au début, à l’époque de Lénine, ils seront pas moins de 2,5 millions à celle de Staline. On a tous lu les ouvrages de Soljenitsyne à ce sujet. On apprend, dans ce reportage, que de nombreux ouvrages ont été écrits sur le goulag avant Soljenitsyne mais, qu’ils n’ont pas trouvé d’audience en dehors de la Russie. Par la suite, les propos réactionnaires de l’auteur éponyme, prix Nobel, seront particulièrement agaçants. Certains y verront un soutien à l’impérialisme américain, dont on connaît aujourd’hui les effets.

Le 28 décembre 2021, la Cour suprême de Russie a ordonné la liquidation de Mémorial International au motif officiel de violations de la loi sur les « agents étrangers ». Le tribunal municipal de Moscou a prononcé la liquidation du Centre des droits humains, Memorial. Ces décisions ont réduit au silence les structures centrales du mouvement en Russie, mais n’ont pas mis fin à son existence. De nombreux militants, chercheurs et partenaires ont poursuivi leur travail en exil ou de manière décentralisée. En 2022, le Prix Nobel de la paix a été attribué conjointement à Mémorial, au militant biélorusse Alès Bialiatski et au Center for Civil Liberties ukrainien, saluant la défense courageuse de la mémoire, de la vérité et des droits humains face à la guerre et à la dictature. La même année, la directrice exécutive de Memorial, Elena Zhemkova, a reçu le titre de Docteure Honoris Causa de Sciences Po à Paris. En 2023, afin de prolonger légalement et institutionnellement l’héritage de l’organisation dissoute en Russie, l’Association internationale Memorial a été créée à Genève pour continuer le travail de recherche, d’éducation et de défense des droits humains (sources Wikipédia).

Ce reportage d’Arte est presqu’aussi insoutenable à regarder que ceux sur la Shoa. Les nombreuses victimes ne sont pas gazées mais, sont tués par balles dans la nuque ou à la mitraillette comme à Katyn en Pologne. Plus de 2 millions meurent d’épuisement, de faim ou fusillés. Des populations rurales sont déplacées dans des villages proches des goulags. La famine comptera 6 millions de victimes parmi les paysans déplacés puisque la production agricole est désorganisée.

Quand on a beaucoup espéré comme moi sur la fin du capitalisme, et l’avènement d’une société plus juste, équitable et égalitaire, avec un réel partage de la richesse produite, un écart de 1 à 5 entre les plus bas salaires et les plus hauts salaires, un logement décent pour tous, une médecine à une seule vitesse, une éduction de qualité pour tous, l’accès au sport et à la culture pour le plus grand nombre, ce rappel du goulag et la vue des apparatchiks qui se gobergent sur les plages de la mer Noire, le cynisme des hauts dirigeants de l’URSS et la langue de bois de ceux du PCF produisent un profond malaise.

Mais, si l’on prend du recul, la question de fonds que l’on peut se poser deux questions :

  •  Pourquoi fait-on appel à des esclaves, à des bagnards, à des migrants sous payés et souvent embauchés au noir depuis l’Antiquité au XIX e siècle pour réaliser de grands chantiers, dans les mines, l’agriculture et sur les chaines de production ?
  • À qui profite le crime ?

Les exemples ne manquent pas sur une période 5 000 ans :

  • Construction des ziggourats en Mésopotamie
  • Temples et demeures royales en Égypte
  • Edifices divers pendant les Incas, les Olmèques, les oltèques
  • Bâtiments divers en Grèce et dans l’empire romain
  • Châteaux féodaux et palais dont celui de Versailles
  • Grande muraille de Chine
  • Cultures du coton et de la canne à sucre aux Antilles, en Amérique du Nord, à la réunion et Madagascar
  • Transports de marchandises à dos d’hommes d’Afrique vers l’Arabie
  • Extractions minières sur tous les continents
  • Camps de travail pour la production pendant le National socialisme
  • Travaux du bâtiment en Europe, au Qatar et dans les émirats
  • Travaux sur des chaines de montage depuis l’avènement du Fordisme

La liste n’est pas limitative et chacun trouvera d’autres exemples.

Dans tous les cas, les travailleurs forcés ou les migrants vivront dans des conditions précaires. Certains mourront de faim et d’un surcroit de travail. Les survivants, quand ils auront fini « leur mission », végéteront et seront exclus de la société. Leurs témoignages ne seront pas crus, comme cela a été le cas des rescapés de la Shoa. Les Noires d’Amérique, descendants de la traite négrière auront du mal à faire reconnaitre leur droits. Martin Luther King, un pasteur baptiste, sera assassiné lors d’un meeting pacifique pour la défense des droits.
Les enfants de migrants seront ostracisés dans des banlieues sordides. Certains décrocheront des diplômes mais, subiront le délit de faciès à l’embauche. D’autres, seront happés, dès leur adolescence, par les réseaux du grand banditisme : prostitution drogue, racket.
L’extrême droite et certains membres de la droite en Europe prôneront le retour au pays de populations arrivées il y a bien longtemps, pour certaines plus récemment, mais, en oubliant que le patronat a besoin de cette manœuvre servile, obéissante, sous payée, et non syndiquée.

Pour finir mon billet d’humeur, la liste des personnes à qui profitent le crime est comme un inventaire à la Prévert :

  • Le patronat dans son ensemble
  • L’État pour tous les personnels de catégorie C ; certes, il doit donner des subventions pour limiter la précarité et offrir des soins gratuits mais, c’est une goute d’eau par rapport à celles données aux entreprises
  • Les actionnaires car leurs dividendes sont d’autant plus élevés que la charge salariale est  faible
  • Tout le secteur marchand
  • Toi et moi car les prix bas des véhicules et des produits de consommation courante (en dehors du luxe) ne sont possibles que si les coûts de production sont faibles.

Sylvain Josserand
22 avril 2026

Kokhâgne

                                    Kokhâgne : encre et aquarelle

Trois bateaux sont affrétés.
Le premier n’a à son bord que des femmes. Les passagers sont exclusivement des dirigeants d’États démocratiquement élus, mais aux idées guerrières, des dictateurs fous, des généraux tyranniques, des fabricants et vendeurs d’armes, des architectes et des entrepreneurs en reconstruction. Une fête est organisée où le caviar se mange à la louche, où le champagne coule à flots. Des danseuses de cabaret offrent un spectacle de paillettes, de semi-nudité, de pirouettes et de french cancan.

Lorsque le navire borde au large de l’île déserte de Scrofule, tout le monde est invité à descendre du bateau. On offre aux passagers un barbecue de poissons, de brochettes de bœuf et de côtelettes de mouton. Les convives se reposent au soleil. Ils se baignent dans le lagon de ce lieu paradisiaque. Les cuisinières et les serveuses rejoignent leur bâtiment. On laisse sur place des caisses de nourriture déshydratée. On attire avec des quartiers de viande des requins qui forment une ceinture infranchissable autour de l’île. Le premier bateau prend le large et file plein sud vers l’archipel de Kokhâgne.

Le deuxième vaisseau est un porte-avions. Son équipage ne comporte que des hommes. Ils ont chargé, dans tous les ports du monde, des stocks d’armes, des chars, des missiles, des drones, des obus, des hélicoptères et des avions de combat. Au large du 45e parallèle, tous les matelots montent dans les hélicoptères pour rejoindre l’archipel de Kokhâgne. À d’autres points stratégiques, les bombes atomiques, les armes chimiques et biologiques sont désamorcées et rendues inutilisables. Toutes les liaisons avec la Lune et Mars sont coupées. L’ellipse Maginot de satellites et d’antimissiles qui protège la Terre est activée. Après une forte explosion, le porte-avions coule à 140 mètres de profondeur.

La troisième embarcation porte un pavillon « gaypride ». L’équipage se compose de personnes non genrées. Les passagers ont répondu à une invitation pour participer à la plus débridée des fêtes. Ce sont des proxénètes, des mafieux, des dealers, des narcotrafiquants, des esclavagistes, des violeurs, des passeurs de migrants, des dirigeants d’entreprises corrompus, des spéculateurs et des fraudeurs du fisc. À l’approche de l’île des cannibales de Tarentules, on les invite tous à rejoindre une cité fantastique où la cocaïne et les alcools forts décuplent leur endurance de fêtards. Quand ils sont assoupis ou occupés à partouzer, l’équipage rejoint son paquebot. On lâche des requins et des poulpes géants qui forment une barrière infranchissable autour de l’île. Sur le reste de la planète, tous les endroits décadents sont réduits en cendres, comme du chiendent et des mauvaises herbes.

Le dernier bâtiment a mouillé dans un port de l’archipel de Kokhâgne, où tout est paisible et délicieux. Le vent est doux. Le soleil tanne la peau sans la bruler. Aucun tsunami, point d’inondation ni de typhon. Le volcan ne crache plus son vomi de lave depuis mille ans. Tout pousse. Tout le monde dispose d’une habitation saine avec des chambres, l’eau courante, une cuisine et des WC. Les maladies sont rares. Aucun burnout ni dépression au contact d’une végétation prolifique et nourricière.

Face à la mer, les baleines et les dauphins, les enfants apprennent à lire, à compter et à écrire sans subir le moindre harcèlement. Ils respectent les adultes, les enseignants et les éducateurs. La plupart d’entre eux étudient dans des classes préparatoires, qu’il s’agisse de khâgne ou d’hypokhâgne, ou bien des classes préparatoires pour les grandes écoles d’ingénieurs, de médecine, de biologie, d’architecture, d’agronomie, de vétérinaire et d’artisanat de précision. Si les programmes prévoient d’aborder des personnages historiques qui ont été glorifiés jadis par leurs victoires militaires, il est crucial de mettre en évidence leurs excès et de se concentrer sur les artistes, les scientifiques, les ingénieurs, les artisans qui privilégient dans leurs recherches, leurs inventions et leurs créations la préservation des écosystèmes, les vaccins, la liberté, l’égalité et la fraternité.
L’écart de rémunération entre les exécutants et les dirigeants n’est que de 1 à 3.
Chaque habitant de Kokhâgne peut se rendre dans les épiceries et mange à sa faim. Les Restaurants du cœur, la distribution de soupe par l’Armée du Salut n’existent plus. Aucun enfant ne dort dans la rue. Les tentes des pauvres, plantées sous les abribus, le long des trottoirs ou dans les banlieues miséreuses ont été incinérées. Les rats ne leur mordent plus les pieds quand ils dorment. Les cités et les ghettos pour les moins nantis et les relégués du système productif sont devenus des cités jardins avec tous les équipements collectifs. Personne ne songe plus à les incendier par rage contre les profiteurs, les exploiteurs et les marchands de sommeil.
Il n’y a ni maire, ni président de département, ni député, ni président de la République. On se réunit en assemblée quand on le juge utile. On désigne alors un bureau pour organiser les débats. Il faut la majorité des présents pour adopter une mention. Chacun donne la dîme de son salaire pour le fonctionnement des instances communautaires. Personne n’est propriétaire d’un terrain ou d’un logement. L’actionnariat n’existe pas. Les gendarmes sont désarmés.

C’est dans ce paysage extraordinaire que je suis né. Tous les pionniers avaient imaginé un décor idyllique, exempt de tout conflit, de toute pollution et de toute aliénation. Un endroit où les enfants sont épargnés des coups de leurs parents et des abus sexuels de leurs enseignants ou de leurs ecclésiastiques.
Les personnes âgées les accueillent près de l’arbre aux contes pour leur parler des temps jadis, où la terre était sous l’emprise de puissances mortifères. Mais, surtout des temps actuels où la peur, la haine, le racisme et la violence ont été exorcisés dans le cœur de tous. Des plantes ont jailli de terre : des arbres à pommes de terre, appelés pomdapisse, des buissons à spaghettis désignés sous le vocable de spaghetoisisse. La garrigue, avec ses cactusisses à mortadelles, à saucisses et à cervelas, borde des étangs remplis de boudin, de pâtés et de rillettes.

Le vin qui rend fou a été remplacé par du litchilisse, au goût délicieux. Les alcooliques et les obèses sont soignés efficacement. Le tabac, qui fane votre beauté, a été stocké dans d’immenses hangars d’objets inutiles avec le haschich, le kif, le pavot et les champignons hallucinogènes. On les brule régulièrement dans les chaufferies du système collectif de chauffage des habitations.
Il convient de lécher les névés des montagnes quand on veut, au moment des fêtes, s’offrir une glace à la vanille, aux myrtilles ou aux amendes. On s’y rend en famille en prenant son piolet pour couper des blocs de glace pour les vieillards et les indigents restés dans la vallée.

J’ai été interviewé, récemment, par la télévision Galatax, d’une autre galaxie où la guerre n’est pas dans l’ADN de ses habitants.
Je vous fais écouter l’enregistrement sur Toutube-2070.

Galatax : J’ai relevé ceci dans le récit d’enfance d’un terrien. « Si tu m’aimes, rends-moi un service, va me chercher mes lunettes, épluche les légumes, lave la vaisselle, balaie le vestiaire. » Tel un chiot, qui attend en retour son os, il se précipitait pour exécuter ce qui lui était demandé par sa mère ou sa grand-mère. Il ne rechignait jamais quand son père lui demandait d’occuper une grande partie de son jeudi après-midi de congés scolaires à laver des murs, à poncer des parquets tel un raboteur du tableau de Caillebotte, à peindre des barrières, à retirer les germes des pommes de terre, à désherber des allées ou à ramasser des feuilles mortes : c’étaient les jours où il n’allait pas à une sortie avec l’école. En classe, il attirait l’attention des instituteurs par ses bonnes notes, mais aussi par son comportement servile. Il était méprisé et maltraité pendant la récréation, et parfois même dans les sous-bois, par ses camarades de classe qui lui passaient le pénis au cirage. On lui avait donné le sobriquet de Michu.
Socratus : Et alors ?
Galatax : Est-ce que ce type d’enfance existe toujours à Kokhâgne ?
Socratus : Non, bien entendu ! Je suis l’un des inventeurs du concept de paysage qui prend la forme, la texture et la couleur des pensées des résidents de Kokhâgne.
Galatax : C’est la raison pour laquelle, ici, tout est simple et si paisible ?
Socratus : Il pleut quand on a besoin d’arroser nos plantes. Il vente pour porter les graines au loin.
Galatax : Vous ne vous ennuyez jamais dans votre décor idyllique ?
Socratus : Comme nos pensées sont très créatives, notre paysage change tout le temps. On se réunit même en atelier d’écriture de paysages imaginaires.
Galatax : Pourquoi avoir gardé le libellé Kokhâgne si tout bouge, tout bouge.
Socratus : Par respect pour les fondateurs. Par tradition !
Galatax : Ah ?
Socratus : Ils étaient tous objecteurs de conscience, élèves de khâgne et d’hypokhâgne au moment de la troisième guerre mondiale de 2050 qui a fait 6 milliards de victimes.
Galatax : et le Ko ?
Socratus : En raison du préfixe co. Préfixe co, du latin cum, avec. Il entre dans la composition de nombreux mots où il indique l’association, la participation, la simultanéité.
Galatax : Vous êtes tous de bons copains ?
Socratus : On partage dans la fraternité le même pain. Kokhâgne est jumelée avec d’autres cités de la terre qui ont signé une charte d’alliance avec nous, basée sur la non-violence, le respect de l’autre et de l’environnement. Certaines communautés ont privilégié la banquise, les hauts sommets enneigés, la steppe, la campagne, la forêt et la savane. Chacun a défini son propre paysage imaginaire avec le seul souci d’assurer la pérennité de la nature, des espèces humaines et animales.
Partout, les animaux sauvages sont respectés. Ils ne sont ni farouches ni sanguinaires. Si certaines tribus ont besoin de protéines animales en raison de la dureté de leur climat, ils doivent chasser dans la limite du raisonnable et remercier l’animal chassé pour la nourriture offerte.
Galatax : N’est-ce pas utopique ?
Socratus : L’utopie ne peut plus attendre !
    Socratus — avril 2070

 

Ouvrir son intérieur pour ne pas étouffer

Cette idée de texte est inspirée d’une phrase relevée dans un message de vœux adressé par notre amie Mireille, poétesse et chanteuse de Fay-sur-Lignon qui vient tous les ans à la soirée poétique du mercredi soir au Chalet du Mézenc.

Quand des mots gentils te construisent mais qu’aussi de pires idées t’oppressent. Quand de belles pensées te rapprochent de Dieu mais que des fantasmes perturbent tes nuits.

Si tu espères trouver une Lumière plus scintillante que de l’or au plus profond de toi, telle une pépite du divin, mais que tu ne contactes dans ton inconscient qu’un bloc d’anthracite noire.

Quand ton espérance d’un monde sans guerre, sans arme, avec une juste répartition de la richesse produite est occultée par les news en diffusion continue sur BFM-TV.

Tu n’as plus qu’une envie : prendre un bon bol d’air frais sur le Plateau ardéchois. Ventiler ton ventre, tes poumons, ta gorge et ton cerveau. Ouvrir ton intérieur pour ne pas étouffer.

Te métamorphoser en truite pour frayer dans le Lignon, en épervier pour capter des taupes invasives, en marmotte pour pousser un cri dans le cirque de Borée, en Chevreuil pour escalader l’Alambre, en chien de traineau pour promener des gosses du 93, en hermine pour se planquer sous la neige, en cheval pour vapoter dans les prés.

Sylvain
6 janvier 2026

 

 

 

 

 

Juillet 2026 Stage d’écriture aux Estables (Haute Loire)

      Ecrire un jour écrire toujours

Une semaine folle de créativité littéraire où l’on abordera tous les styles que vous aimez avec une sortie le mercredi pour se laisser surprendre au temps présent.

Du lundi 6 juillet au vendredi 10 juillet 2026
Lieu : Chalet d’Ambre aux Estables 43150
réservation auprès d’Aurélie et Colin 04 71 08 33 52
Tarif du stage = 230 euros ; arrhes = 40 euros
Paiement par chèque ou virement

Sylvain Josserand
57, bis rue Victor Hugo La Cerisaie Appart. 221 73100 Aix-les-Bains
06 37 15 02 55    Mail : sylv.josserand@gmail.com

L’écrivain-poète Sylvain Josserand est animateur d’atelier d’écriture depuis plus de 20 ans (formation Aleph-écriture) et auteur de nombreux ouvrages dont certains primés.
http://sylvainjosserand.blogspot.fr.

Sylvain propose des formes d’écrits variés : fragment, nouvelle, monologue, rêve, récit de vie, prose poétique, sonnet, haïku.

Voilà comment se déroule une journée :
Horaires : 9h00-12h00 ; 15h00-18h00
• La matinée débute par la « météo du groupe » et la lecture d’un poème. Chaque auteur vient avec un ouvrage pour partager un texte de son choix.
• Dans la journée, je propose trois ou quatre situations d’écriture allant de 15 à 60 minutes autour du thème choisi : cette année « Ecrire un jour écrire toujours ». À l’issue de chacun de ces temps d’écriture, chaque écrivant peut lire son texte au groupe qui l’écoute attentivement et avec bienveillance.
Aucun jugement sur la personne, mais au contraire un retour constructif et bienveillant. Si un texte est trop personnel ou provoque trop d’émotions, l’écrivant peut passer son tour.
• Si l’on n’est pas trop fatigué, des veillées de lectures à haute voix, de chants peuvent s’organiser spontanément.
En milieu de semaine, l’atelier part en excursion pour visiter un lieu ou un monument en rapport avec le thème. On écrit bien entendu et on partage un pique-nique tous ensemble. S’il existe un lieu de baignade, on fait une trempette.

Une nouveauté cette année, à la demande des stagiaires : une demi-journée de temps-libre pour réaliser à son rythme ses propres créations selon une liste de suggestions de l’animateur.

Je conseille de prendre le maximum de photos, de réaliser des illustrations et de consacrer du temps à la réécriture des textes après le stage. Chacun pouvant ainsi réaliser son propre recueil de textes et le partager ensuite avec les autres.

Dialogue de saison

– Allo Win ?
– Je suis aux abonnés absents !
– Laissons aux Celtes la fête de Samain !
– C’est leur fête, pas la nôtre.
– On respecte ?
– Bien sûr.
– Vivons dans la Lumière !
– Et non dans les ténèbres !
– Laissez le diable où il est.
– Et les vaches seront bien gardées.
– Le diable a trop de boulot !
– Sur toute la Terre ?
– Oui !
– Ah ?
– il doit enrichir les marchands de canons !
– Ah bon ?
– Et tous les mecs gavés de stock-options !
– Et les gamins avec leur seau de bonbons ?
– Des victimes collatérales de la globalisation

Aix-les-Bains
Sylvain Josserand
31 octobre 2025

Alcool

 

C’est un poison dangereux
Tu le prends malgré tes vœux
Il remugle dans tes tripes
Il capte tes synapses multiples

Tu voudrais lui échapper
Il brouille tes mémoires
Il te rattrape au sentier
De sa gloire dérisoire

Tu en bois deux verres
Lors d’un repas convivial
Il est ta pantoufle de vair
De Cendrillon seule au bercail

Chaque jour tu lui résistes
Mais toujours il insiste
Te guide telle une boussole
Vers les têtes de gondole

Comme tu en as honte
Tu changes de supermarché
Tel Sisyphe tu remontes
Ton misérable rocher

Tu te sens condamné
À la cirrhose annoncée
Car il est savoureux
Ce nectar des dieux

Tu te sens vulnérable
Si tu es frustré meurtri
Quand tu es mal compris
Avec l’envie d’être aimable

Tu te sens lâche et amer
Comme un fils avec sa mère
Comme un mari faible
Sous les cris de son épouse

C’est une spirale infinie
Si tu en décides ainsi
C’est une Voie d’Espérance
Et d’immense délivrance
Si tous les jours tu pries

Sylvain Josserand
12 septembre 2025

Des livres, des machines et des gens.

 

Je ne sais pas à la vue de ce superbe reportage de photographies de Christine dans quel ordre écrire le titre. Les mathématiques me disent naturellement que je dispose de 6 combinaisons en prenant la factorielle de 3 :
Livres, machines, gens
Livres, gens, machines
Machines, livres, gens
Machines, gens, livres
Gens, machines, livres
Gens, livres, machines

C’est une atmosphère, une odeur d’encre, de papier, une infinité de sons. Le cliquetis des lettres de haute et basse casse, les martèlements et le souffle asthmatique de la Heidelberg, le crissement huileux du bras pour régler la vitesse d’impression, le clic-clac de la machine à coudre, le feulement de la guillotine du massicot. Les voix de Laurine, de Monique et de Benoit.
Un orchestre de musique de chambre pour élaborer au milieu des épicéas, des épilobes en été, de l’humus et des champignons en automne, de la burle en hiver et des jonquilles au printemps la plus belle invention de l’homme : le livre.
Des mots, des lettres, des illustrations sont figés là pour l’éternité non pour prendre la poussière, non pour être mangés par des xylophages mais pour faire rêver, frémir, pleurer, rire et transmettre le savoir. Ce savoir, compagnon indispensable de la connaissance et à la quête de la vérité.

Sylvain
15 juillet 2925

Des cerfs-volants

Des cerfs-volants

Des cerfs-volants fuyants qui ne servent à rien
Des parapentistes qui se prennent pour Icare
Des crapauds croissants qui forniquent dans leur mare
Le Queyras n’a plus ses valeurs de gens de bien

Les hauts sommets se méritent avec pieds et mains
Seuls ceux qui sont prêts à mourir dans le brouillard
Peuvent attendre l’Olympe des vrais montagnards
Touiller le pain de la fondue dans ledit vin

Une vache meugle dans le pré du papé
Un âne hennit fort en montant sa dulcinée
Un berger jouit avec son amant des sous-bois

Le torrent cascade de rocher en rocher
L’hollandaise se baigne nue et sans effroi
Sous le voile de la mariée du névé

Sylvain
Aix-les-Bains
Le 31 juillet 2025

Le boulanger du camping

Un boulanger bleu au camping des mélèzes
Un homme vert en kilt rouge achète un croissant
Jean taille un bâton gris de marche bondissant
Papy dans la sente gambade toute à son aise

Le boulanger du camping gagne du pèse
L’homme voit son kilt rouge soulevé par le vent
Jean commente les dessous du mec peu balaise
Une hollandaise vegan au teint rougissant

Papy disserte sur les effets du Wokisme
Et regrette les joies du communautarisme
Jean refait le monde avec la douce Élodie

Les fa-dièses chahutent avec Riri
La vie en pleine nature se reflète en prisme
L’homme vert en kilt est un gourou du sexisme

Ceillac, le 28 juillet 2025
Sylvain

Le lac du miroir

 

Photo de Sylvain : lac du miroir Hautes-Alpes 24 aout 2017 ; ma dernière randonnée en montagne ; en descendant mon genou était fusillé

Le lac du miroir où pareil à Narcisse
Tu te contemples aux reflets de l’onde pure
Tes amis font un barbecue aux saucisses
Avec du ketchup et des herbes de nature

Le lac en forme de croissant turc ou suisse
Clapote au vent des pics en battant la mesure
Des gamins sur les névés jouent à la glisse
Avec des sacs poubelles ou leurs chaussures

Dès l’été Les glaciers fondent dans les ajoncs
Des marmottes sortent de leur hibernation
Les aigles kamikazes foncent sur leur proie

Le lac de montagne où pissent les chamois
Les bouquetins et les randonneurs en émoi
Un pêcheur taquine des ablettes et goujons

Sylvain
Aix-les-Bains
23 Juillet 2025