L’avenir de l’eau

Expérience effervescente : ressenti du verre, du comprimé, de l’eau

Des bulles éclatent à la surface, un aquarium de bulles régulières. Comprimé soulevé, aspiré, remontant à la surface. Concours de bulles. Air comprimé – Circulation, centrifugation, magie du cercle, culot d’assise, transparence des parois, laisse à voir, aspérité du bord, bulles d’air enchâssées à la circonférence. Le regard s’arrête, butte sur la paroi postérieure, captif du phénomène.

Frétillement de l’eau, bousculade et feu d’artifice de bulles pétillantes. Amorce d’une forme soulevée à sa base. Un cœur se forme, s’effrite, se relève, rongé, un croissant de lune remontant à la surface.

Le verre est là, l’eau contenue est enrichie de bulles légères. Le comprimé n’est plus dans sa forme, il s’est dématérialisé mais son principe actif est présent. L’eau garde sa trace. La caméra atteste de l’événement ; elle pourra en raconter.

Pour l’homme de l’autre côté de la fenêtre, hors de ce temps présent à nous, point de magie : un simple verre d’eau posé sur une table basse qui a pris l’air et s’est rempli de micro bulles. Soit le boire, soit le verser dans les fleurs pour les arroser. Plus de trace du comprimé. D’ailleurs, Y-a-t-il eu un comprimé ? Sylvain ne nous ferai-il pas prendre des vessies pour des canards sauvages ?

Peur sur la ville

Beauvallon, une petite ville paisible, à l’écart des grands axes routier et ferroviaire. La ville centre est à plus de cent kilomètres, on ne s’y rend que pour y faire des études supérieures, une démarche ou un achat particulier car on trouve tout sur place : écoles, collèges, lycées, hôpital, commerces de grandes et petites surfaces, médiathèques, cinémas, banques, maisons de retraite. Il y a même un théâtre à la programmation variée. Certains habitants parmi les anciens notamment, ne sont jamais allés plus loin que le périmètre de la commune, ils n’en ont jamais ressenti le besoin. Deux entreprises emploient la plupart des actifs, l’une dans l’agroalimentaire, l’autre dans le tissage de toiles industrielles de hautes technicité.

On vit bien à Beauvallon, à l’abri des embouteillages, de la pollution sonore et atmosphérique des grandes villes. On respire. Pas ou peu d’insécurité, un taux de chômage bien en dessous du niveau national. On est entre soi.

Les édiles savent qu’il ne faut pas faire trop de vagues ; pas de projets grandiose, une imposition raisonnée. Peu d’espoir de faire une carrière politique au niveau national, tout au plus départementale. Pour vivre heureux, vivons caché pourrait bien être la devise de cette cité.

Alentours, des bourgs plus ruraux, élevage et maraîchage écoulé sur le marché local.

Aux confins du territoire communal, au bout d’une piste forestière, dominant le vallon, une ferme longtemps abandonnée a été reprise par un homme étrange. Bison, c’est le surnom qu’on lui a donné, c’est le nom qu’il utilise désormais. La barbe d’un Père Noël, les yeux clairs et doux, chapka et gants de castor rasé, bottes de daim frangé lui donnent les allures d’un trappeur. Un tantinet bourru mais plutôt sympathique. Voilà dix ans maintenant qu’il s’est installé à la ferme Fonteysse. Artisan, il fabrique de la bière et de la viande de bison séché qu’il commercialise sur la toile. Originaire du Manitoba, une province de l’ouest canadien, dans la région des prairies, il est né aux sources de la rivière Seine.

C’est avec froideur et distance que les habitants de Beauvallon ont accueilli ce personnage insolite. Recherchant l’isolement, il se mêle peu à la vie locale et nul n’a eu à se plaindre de sa présence pendant dix ans.

Jusqu’au jour où soudainement, la principale conduite de la ville ne fut plus alimentée privant ainsi ses habitants d’eau courante, aussi indispensable à la vie que l’air que l’on respire. L’hôpital fut le premier en alerte, puis les entreprises qui, privées d’eau, durent débaucher leurs personnels puis tout au chacun, stupéfait de ne plus voir s’écouler l’eau au robinet.

Immédiatement prévenues, les autorités ne purent que constater qu’il ne s’agissait pas d’une coupure provisoire du réseau. Les services dépêchés sur place émirent un premier diagnostic : le problème est à la source, le château d’eau est à sec, son conduit d’alimentation est à sec. Le captage de la source situé à Fonteysse, à la limite des terres du dénommé Bison, ne produit plus. Comment cela est-il arrivé ? Des experts diligentés sur place en rapporteront aux autorités qui ont déclenché une cellule de crise à l’initiative du Préfet. Il y a urgence à rétablir la situation.

En attendant, des mesures exceptionnelles furent mises en œuvre pour alimenter en priorité les bâtiments publics pour distribuer à la population de bouteilles d’eau.

Peur sur la ville. Ambiance de guerre, dans les magasins les rayons de liquides sont dévalisés, certains opérant des stocks inconsidérés de bouteilles. Les écoles ainsi que les usines furent fermées. Spontanément, des mouvements de solidarité organisèrent dans les quartiers la distribution d’eau potable en bouteilles. Les pompiers réquisitionnèrent les réserves naturelles d’eau, piscines, mares, étangs afin de faire face à d’éventuels incendies.

Le plaintes abondaient sur le bureau du maire qui avait à faire face à la plus grande catastrophe du pays. Les médias régionaux et nationaux se firent l’écho de l’événement.

Deux jours déjà sans eau.

Une enquête de la sécurité civile apporta les premières conclusions : le château d’eau est en parfait état de fonctionnement, l’origine du phénomène réside   au tarissement imprévisible de la source.

Rapidement, les soupçons d’une frange de la population se portèrent sur Bison dont les terrains jouxtaient le lieu de captage de la source. Suspicieux et méfiants, ils jetèrent leur dévolu sur lui, recherchant à tout prix un responsable. Et qui mieux que cet étranger aux allures et à l’activité insolites pour endosser la faute ?

Une délégation

Bison, quant à lui, fort de sa connaissance des sols et de ses compétences en matière d’hydrologie, assistait avec zèle les équipes sur place pour retrouver la trace de la source. Nul ne pouvait se douter qu’une délégation de mécontents, casqués et armés de bâtons, tels des miliciens bornés et incontrôlables, se dirigeait en masse sur les lieux, à Fonteysse.