Archives de catégorie : MARY

Regroupement de tous les textes de Mary

La vie idéale

Le corps apaisé et la main offerte
Le cœur ouvert à la méditation
Songe à la divine contemplation
De la rizière ondulante et verte
 
Vagues de terrasses se déployant
Saris colorés courbés vers l’espoir
D’une récolte généreuse au soir
Au rythme martelé des gamelans.

Salins Mombeum

Salins Mombeum, petite bourgade en sommeil, compte cinq mille âmes. Située aux portes de la mer, elle est rattachée au canton d’Arles.

Le Rhône se répand sur ses terres en canaux tentaculaires. Jusqu’au siècle dernier, le sel en fut extrait. Aujourd’hui, l’exploitation du sel s’est arrêtée, les derniers habitants coulent une retraite paisible à l’ombre des platanes qui bordent les rues désertes.

Aux premiers rayons du soleil, ils voient débarquer des hordes de citadins amoureux de nature e t de bains de mer. Ils installent leur campement sauvage sur la longue plage déserte qui s’étend aux confins du bourg. Une digue protégeant le village des intrusions marines conduit à la plage, sept kilomètres de sable fin en pleine Camargue. Pétanque, baignade et farniente animent le quotidien des vacanciers.

Par une belle journée ensoleillée, la nouvelle tombe : à cinquante mètres du bord de la plage, on a observé des ailerons de requins fendant les eaux. À coup sûr, dit un pêcheur averti, il s’agit de requins tigre, j’en reconnais l’espèce à la couleur et à la forme des ailerons.

(Phrase de mon binôme, Marino) Les nageurs, soudain pétrifiés, décident alors sagement de modérer leurs ardeurs.

Joseph a autorité de chef au sein du campement, il fut l’un des pionniers à occuper la plage. Afin de calmer la panique qui s’empare du campement, il convoque, à l’heure du pastis, un comité de sages.

” Pour la sécurité de tous, il convient de savoir quelle mesures prendre en raison de la présence de ces prédateurs fauteurs de troubles “

Les discussions échauffant les esprits, les solutions fusent dans une cacophonie délirante  quand une voix s’élève au-dessus du brouhaha, celle de Tahar. Il propose de lever le camp au plus tôt et de quitter la plage. Lui, si disert d’habitude, partage avec force émotion à l’assemblée une expérience qu’il a vécue jadis et qui a conduit à son expatriation en France. Natif de Moussim El Man,(nom du village choisi par mon binôme, Marino), oasis en plein cœur du désert saharien,  Tahar avait dû fuir son village lorsque des crocodiles avaient envahi  l’unique source qui abreuvait le bled en eau potable, rendant toute vie humaine impossible. Les villageois désespérés s’échappèrent de ce village désertique, surchauffé, oublié.

Impressionnés, subjugués par son récit, le comité se rangea à son sage avis et prit la lourde décision d’informer le reste de la colonie de la levée du camp.

En début de soirée, les habitants de Salins Mombeum s’étonnèrent de voir passer une colonne  interminable de voitures, de caravanes, de camping cars, motos, vélos et de piétons bâtés de sacs à dos ficelés à la hâte. A quel péril échappaient-ils ?

Attablé à la terrasse du Grand bar des Salins, un homme d’un âge avancé, l’œil pétillant, la moustache impériale, un sourire au coin des lèvres sirotait son pastis. Ce soir, ce breuvage anisé, nectar des papilles, rafraîchissant,  désaltérant, long en bouche avait un goût particulier, celui de la bonne farce.

L’exode précipité des campeurs sauvages que la plage avait rejetés faisait le régal de ce mombeumois mutin qui avec quatre dérives de planches à voile savamment montées en guirlandes et télécommandées depuis la dune avait réussi à faire détaler les naifs citadins, victimes de sa supercherie.

Demain, Salins Mombeum retrouverait son calme et sa plage sauvage livrée au gré du vent et des marées.

Un schtroumpf vert

Un schtroumpf vert, c’est la jaunisse
Et quand il est en colère
Le schtroumpf est violacé,
Dieu qu’il est laid !
 
L’assemblée s’inquiète quand
Le schtroumpf grisaille,
Il est maussade
Et il ne fait pas bon le contrarier.

Une femme qui s’écrit

Violet, l’encre sur tes doigts contraints à l’écriture
Rouge, la sève qui inonde tes sens éveillés
Bleu, les cernes sous tes yeux, de mille éclats, parure.
 
Jaune-vert, les mots se taisent écrasés par la censure
Jaune-orangé, l’onde s’immisce sur le papier
Jaune éblouissant, éclat de la joie retrouvée.

Le liquide et la couleur

Ligne des paumes, ride du visage, tremblé de l’ombre accompagnant les moindres gestes, le souffle glacé des ailes noires, frisson.

Colonne noueuse, charpente érigée, cœur battant, la femme se redresse, assure son geste et s’élance hors les murs, étouffoirs des cris de sa nuit.

Ton sur ton, elle s’étire, se contracte, se rétracte, se dilue, se fond dans le décor.

Libéré de l’apesanteur des maux, à contre-courant, avec ardeur, elle fend l’air chauffé à blanc;

Fouler le sentier pierreux, le souffle compté, l’effort mesuré, la gorge nouée, atteindre le sommet, s’avancer au droit fil du promontoire.

Là, fermer les yeux, inspirer, ne plus résister à l’impérieuse tentation et contempler à l’envie les merveilles cachées dans l’ombre imposante de la montagne.

Poème de bric et de broc

Passons aux choses sérieuses
À l’objet qui nous réunit : l’écriture
Pour certains, ce n’est pas chose facile
Moi, çà me rend toute chose
J’ai de temps en temps besoin de prendre une pause
Parfois même j’en ai ma dose
Alors je passe à autre chose
Aux choses de la vie
Au bon repas que l’on va partager, par exemple
Mais çà, c’est autre chose.

Adopter un livre

Un turbulent silence d’André Brink, écrivain sud-africain d’expressions afrikaans et anglaise, est un livre choral qui relate des circonstances et des conséquences d’un crime perpétré dans le bush. Chaque événement est mis en perspective par des protagonistes différents qui, chacun à leur tour, détaillent leurs ressentis et leur interprétation personnelle dudit événement.

Ce roman se déroule à l’époque féroce de l’Apartheid en Afrique du Sud dans un paysage sauvage et sous un climat lourd et pesant. Les non-dits et la non communication entre les êtres conduisent à un drame qui enfle et que l’on pressent au fil du livre.

Tant la forme que le fond de ce roman me fascinent. Il y a plus de trente ans que je l’ai lu et il fait encore écho en moi au point de m’inspirer le sujet et la structuration de mon projet d’écriture en cours.

Chronique insolite

L’île de Juam, île de l’archipel Mardi s’ouvre sur un lagon et se compose de deux villages : Marie-Juama et Juama-Hic. Son climat tropical est favorable à la culture du tabac qui constitue la ressource principale de cet îlot océanique. Cette île est bénie, un véritable éden. Dieu n’est-il pas un fumeur de havane dont les volutes montent jusqu’au paradis ? Pourtant un conflit ancestral divise les deux cités de île, le torchon brûle entre les habitants qui ne communiquent entre eux que par échanges de fumigènes puants visant à s’enfumer régulièrement et réciproquement.

C’est ainsi qu’un nuage permanent flotte au-dessus de l’île, l’isolant du regard du reste du monde et empêchant l’abordage de tout navire et l’atterrissage de tout engin volant. Seule distraction offerte aux habitants : trouver le remède pour lutter contre l’enfumage du village voisin et ainsi renforcer sa propre capacité à l’anéantir.

Les esprits fumeux de Marie-Juama se penchèrent ardemment sur le sujet et après maintes recherches et tâtonnements, mirent au point en laboratoire un plan de tabac aux pouvoirs aphrodisiaques. Ils passèrent de l’expérimentation à la culture intensive du plan. Voici venu le jour tant attendu de la première cueillette des feuilles. Une fois sèches, elles sont roulées en d’énormes joints que les Marie-Juamains enfournent alors dans un long tuyau, type pipe line, avec en bout de ligne une cheminée d’extraction qui débouche au cœur de Jama-Hic. Le pétard une fois allumé, le tabac se consume lentement et se répand alors dans la cité ennemie en une épaisse colonne de fumée suave et doucereuse, neutralisant les habitants et les rendant euphoriques et extatiques.

Le procédé d’enfumage est appelé le pomphiage du nom pomphiase qui signifie : braise de cigarette qui se consume lentement dans le revers d’un pantalon.

Tout porte à croire qu’après cette expérience, la paix va régner à nouveau sur l’île d’autant qu’il est à noter qu’un effet par sérendipité est survenu dans le village enfumé de Jama-Hic. En effet, à toute heure du jour comme de la nuit, les villageois, sous l’effet des vapeurs aphrodisiaques inhalées, chantent et dansent dans un mouvement chaloupé et sensuel qui prédisposent les esprits à la détente et à la joie.

Le libraire

” Tout ce qui est de nature à mal tourné tournera mal “. Un adage que m’inspire le drame dont je fus le témoin.

J’aime à flâner sur quai de la Pêcherie au bord de la Saône à Lyon. Les bouquinistes y tiennent boutique offrant au regard des passants des trésors de livres oubliés, abandonnés par mésestime ou ignorance de leurs ingrats propriétaires qui s’en débarrassent sans vergogne. Continuer la lecture