Archives de l’auteur : Claire MARTIAL

Dans le noir, toutes les couleurs s’accordent

Soulages

 

Quand se fait le noir, sous ses yeux bandés, odeurs et sons
arrivent en vrac, rien ne s’accorde. Arômes fleuries ou vanillées, fumets poivrés, effluves chocolatées, senteur balsamique, sauces musquées ou piquantes. Surgissent des notes cristallines, de la musique andalouse, une mélodie tzigane, une voix d’opéra. Nuit noire, cocktail de saveurs, de teintes et de notes, palette olfactive, émulsion musicale, gamme aromatique, qui l’emporte ?

 

Soulages

? Dans le noir toutes les couleurs s’accordent  mais qu’en est-il de la sensualité si subtile du noir, volatile, fragile ? La couleur noire nous dévoilera-t-elle sa gamme de nuances ? Serait-elle un écrin où se fondent les coloris, où s’assemblent les pigments, où se
dissimulent les nuances, où toute autre couleur disparaîtrait
à jamais ? 

Le Râdome

Au cœur de la ville, près du fleuve Rhône, s’est posé un dôme, blanc, monumental, sur la grande place il en impose.

Longer le Râdome par un chemin de bois, marcher, entendre la ville et soudain être invitée par le son des vibrations musicales.

Échappées du dôme, entrer sous la coupole, s’asseoir au bord d’un bassin aquatique aux eaux bleues, s’étonner, regarder circuler les notes de musiques déposées à fleur d’eau, elles carillonnent, elles se déplacent et s’entrechoquent au gré de leur croisement, elles flottent…coupes de porcelaine blanche, unies par des sons, dispersées par des ondulations aquatiques.

Je savoure la valse de ces mélodies de bohème aux résonances cristallines. 

La vie idéale

Grand-mère serait là, le cheval aussi
Courent les poules grognent les cochons
Du pigeonnier volent les tourterelles
Des arbres du silence et un puits.

Grand-père au champ près de sa vigne
Des hirondelles sous les poutrelles
Vaches en prairie le lait dans l’écuelle
Au soleil couchant un vol de cygnes. 

Un roc

Massemblumoi reste perché sur un roc brun dominant l’anse Blionassemu, village en bord de mer, abandonné, où seul vit encore un ermite. Les rues pavées ne longent que des maisons de pierre effondrées aux toits béants. La chapelle romane plutôt bien conservée domine, refuge des rapaces des pigeons voyageurs et des mulots. La bergerie de l’ermite, à l’écart du bourg, attire par son abreuvoir d’eau fraîche. La montagne n’est pas loin.

L’ermite n’aime pas la mer, il ne perçoit pas l’appel à nager qui émane de l’eau, elle lui fait peur la mer : sait-il nager ? Persuadé d’être béni des dieux, l’ermite se protège des autres et protège sa terre. L’exil des habitants s’est fait massivement à la suite de l’incendie tentaculaire qui ravagea le village et rasa les collines alentour, jusqu’à la mer. L’ermite était aux estives, berger infatigable, chasseur impénitent, homme solitaire et sauvage, craint par les villageois car il possède déjà toutes sortes d’armes, de cartouches, une faucille, un marteau et même de la mort aux rats. Orphelin, recueilli à Massemblumoi, il était l’enfant de tous et de chacun, le fils spirituel de l’abbé. Les villageois l’avaient adopté. Il se reconnaît à présent comme sorcier, devin et magnétiseur. C’est ainsi qu’il réussit seul à faire prospérer son troupeau de brebis depuis ses années d’ermitage.

Autrefois, la chapelle était un lieu renommé de pélerinage, on y implorait Sainte Rita, patronne des malvoyants et des causes perdues. Lui-même a eu recours à sa bénédiction et est parvenu à capter une source, bienfaitrice, la Blumoi. Une terre fertile, l’air marin, quelques cartouches, un bélier et sa femelle, la vie s’organise, au diable le feu et son désastre : je mourrai sur ce roc, en aurait-il décidé ainsi à la mort de Gladys.

Oui, car en son jeune temps, l’ermite a traversé une période sombre – il a failli sombrer – lorsque la fille unique du boulanger, Gladys, se noya en mer un jour de tempête. Il en était secrètement amoureux. Elle était aveugle, d’une douceur infinie et chantait les louanges en soliste à la messe du 15 Août, une merveille !

Dès lors il avait tenté d’éloigner son chagrin en se réfugiant nuit et jour dans la garrigue, de piège en piège, s’allongeant parfois sous le grand chaîne centenaire où Gladys avait jadis osé découvrir son sein pour lui, un jour de 15 Août. Il commémore cet avénement en ouvrant chaque été la chapelle Sainte Rita le 15 Août. On peut entendre de loin l’Ave Maria résonnant sur les pavés des rues du village désert, sur les murs éboulés et même jusqu’au plus petit grain de sable dans la baie de Blionassemu. Il ne remit jamais un pied sur la grève et ne retrouva ni la force ni le courage d’entretenir sur la colline brûlée le moindre passage du rivage au village. Il s’isole malgré lui sur ce roc devenu inaccessible, gémissant de plus en plus souvent au pied du grand chêne. L’ermite inquiète les autorités locales.

Ce matin quand le signal de la vedette des Sauveteurs En Mer résonne dans la baie de Blionassemu, comprend-il en s’échappant à nouveau dans la garrigue, que le sort incendiaire qui s’est acharné autrefois sur leur colline prend enfin tout son sens aujourd’hui ? Car l’ermite ne peut plus rien voir rien savoir rien entendre de ce qu’il n’admettra jamais : la disparition de Gladys engloutie au fond des mers. Devine-t-il que c’est pour tout cela qu’aucun sentier n’a jamais été aménagé jusqu’à ce jour, du village au littoral ? Tandis que le mystère sur les circonstances Enigmatiques de la noyade de la fille du boulanger reste entier.

Pierres

Ils ont ramassé des pierres, des grosses, des rondes, des tranchantes.

Le lac gelé est gris bleu, patiné. Un silence de glace flotte à sa surface, un silence irisé.

La première pierre est jetée, elle ricoche, roule et glisse jusqu’à la rive végétale. Le silence rebondit.

La seconde pierre claque et tremble sur la glace, tranchante elle s’immobilise. Le silence se fend.

La troisième attire les lumières du soleil couchant, elle brille et flotte dans l’air, au ras de l’eau, avant de venir s’écraser et éclater la croûte glacée qui s’étoile en cristaux. Le silence éclabousse.

Entièrement nu Pierre escalade le promontoire. A ces pieds, le lac figé est un mur, un rempart pour lui, chevalier des eaux sombres, prince des ténèbres. Aveuglé par les reflets argentés, il est hypnotisé. Un silence de plomb couvre la vallée. Pierre ouvre les bras, son regard se perd au lointain, longtemps… Il se tourne vers eux, enfin, s’agenouille et dans un jet de larmes murmuré : ça ne sert à rien ! 

un brin de printemps

Bonnes gens oyez
Le printemps pointe son nez
De jaune parA�.

Adopter un livre

Le parfum.
Le livre a�? Le parfum a�? de Patrick SA?skind me fit redA�couvrir la��univers des odeurs et du goA�t A� travers les mots, de maniA?re prA�gnante et surprenante.
Certes ja��ai toujours eu un bon odorat et je suis gourmande mais jusqua��A� la lecture du livre les mots me manquaient pour les dA�crire.

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