Pêche miraculeuse

J’étais venue rendre visite à une jeune collègue qui venait d’accoucher. Les amies réunies autour du berceau s’émerveillaient des babilles de l’enfant, ignoraient la jeune mère embarrassée de tenir en son sein un trésor, une énigme à elle révélée.

Nos regards se sont croisés, je perçus en elle un trouble et partageai, l’espace d’un instant, son terrifiant secret. Malgré le dégoût qu’elle en avait, elle donnait le sein à son enfant. Cet enfant était à la fois l’âme du lieu et son diable.

De cet instant suspendu entre nous, tel la corde tendue de l’équilibriste, de ce turbulent silence, est née notre amitié.

Pourquoi est-il si difficile de croire que l’amour d’une mère pour son enfant n’est pas instantané, inné, sans limite et sans mesure. Pourquoi ?

Ce sont des cris d’amour refoulés qu’emporte le vent.

Une obligation à l’amour inconditionnel à laquelle la mère doit se soumettre , faute d’être jugée, bannie au rang des mères indignes. Pourquoi ?

Qui sommes-nous pour juger de cela ? Voilà la question que je suis posée à ce moment là.

Le sage Swami Prajnanpad rappelait que “si vous connaissez vos limites, vous êtes libre.”

Écoutons, testons, osons accepter nos limites et découvrir en chacun de nous plus de feu, plus de feu.