Poème de bric et de broc

Tu veux me parler du parti pris des choses
Passant sans fin d’une chose à l’autre
Tu veux évoquer ce petit rien à haute dose
Alors que je croque mon pain à la farine d’épeautre

Tu veux me dire du mal de machin-chose
Ce voisin vicelard très porté sur la chose
Alors que mon désir se porte sur ce bric-à-brac
Insolite collection d’instruments de musique de marques

Tu veux évoquer cet objet transitionnel
Ce doudou de notre fille autiste morte d’un arc-en-ciel
Je préfère me blottir sous la couette douillette
Pour goûter du mystère des choses et des altérités muettes

Tu crois que je suis intéressée par ce livre de Leçon de choses
Que tu as acheté chez un antiquaire d’objets pongiens
Je te chante la liste hétéroclite de Boris Vian d’un seul refrain
Vocalisant la gamme de sol comme le P’tit chose

Tu me déclares désespéré que ta vie n’a plus d’objet
Que la corde du pendu est ton désir secret
J’éclate de rire car je connais toutes tes compromissions
Et les lâchetés de tes suicides de petit cornichon

Tu hurles que je ne suis qu’un monstre
Un flacon, un récipient, une fiole inutile
Je te prends dans mes bras pour t’aimer sur le grill
Du désir de mes passions inavouées et graciles

Après que la chose est faite
Tu mets dans la vidéo une cassette
Sur la « Journée des choses et des objets du Japon »
Je me sens toute chose à cette évocation

En ce jour de printemps nos amis nippons célèbrent
Les choses de la Nature
Les objets d’art et de souvenir
Les choses inattendues et de culture
Les objets du pardon et en devenir
Les choses de la vie
Les objets fabriqués
Les choses à genre indéfini
Et toute la collection d’objets pointus, distordus, familiers,
inanimés, transparents, répugnants, attirants,
décoratifs, plumitifs, précieux, industrieux,
tout neufs, bien rares ou gorgés de curare

Et comme une chose en cache une autre
Je pose sur la table mon Joker d’apôtre
Quand tu veux établir une bijection
Entre un objet et une chose. Folle ambition !

Je suis l’objet de ta controverse
Il faut que tu t’y fasses mon petit vieux
Que je sois ici à Chambod ou à Anvers
À décrypter le parchemin des dieux