Un souvenir

 

« Ils ont ramassé des pierres, des grosses, des moins grosses,
des rondes, des tranchantes… »

 

 
La tache dorée prend sa forme,  j’en trace le contours
en orientant la feuille pour guider gouttelette sombre
Et ce fut au séchage comme une gueule dévorante,
absorbant un soleil fondant…
Et puis je vis un ours au pays des inuit.
Un ours blanc, qui est jaune sur la page banquise…
où rien ne pèche, hormis les mots que l’on dégèle….
 
Mais voilà que plus haut, je distingue un œil bleu
Qui change la silhouette,
Certes il manque la trompe et les grandes oreilles…
 
« Ils ont ramassé des pierres, des grosses, des moins grosses, des rondes des tranchantes

Oui, c’était à Thoiry, dans l’ombre des années
Je ne sais plus ni quand, ni avec quel enfant
Ou femme d’autrefois,
Mais je me souviens bien du geste de ces grands
Mammifères captifs,
Au-delà du fossé
Sans barrières, sans murs,
Ils se tenaient au bord
De leur grand promontoire
Et ramassaient des pierres
Avec leur trompe habile
 
«des grosses, des moins grosses
Des rondes, des tranchantes »
 
Et les jetaient vers nous,
La plupart au ravin…
Quelques-unes plus loin,
Presque nous atteignant…
Les visiteurs perplexes
Allaient se reculant…
 
Spectacle triste et violent
De prisonniers se révoltant…