Mythes et notre personnage

AMALILEA DANS LE LABYRINTHE

 Amaliléa marche avec détermination sur la route goudronnée. L’air frais lui rosit les joues. Autour d’elle la nature se réveille. Elle coupe à travers champs, la rosée du matin effleure sa peau, elle s’imprègne des odeurs et des couleurs de cette terre nouvelle.

Arrivée dans la nuit, juste le temps de se reposer dans la petite chambre attenante à la belle villa. Au matin, elle décide d’explorer les environs, le ciel est clair, juste une petite brise. L’herbe haute l’accompagne, la caresse, alors que sa belle chevelure prune flotte au vent. Elle se laisse porter par ses sensations toutes neuves, des odeurs épicées montent de la terre, et elle avance à grands pas, à larges pas sans se retourner, sans se poser de questions, toujours vers l’avant, toujours droit devant.

C’est alors que les bruits familiers de la civilisation commencent à s’évanouir et que les premiers signes de fatigue la tirent de sa rêverie. Quelle heure peut- il bien être ? Se reposer, se restaurer.

Amaliléa ralentit le pas jusqu’à se figer au milieu de nulle part. Elle observe la nature qui l’entoure et ne voit qu’herbes hautes devant, derrière, herbes hautes à perte de vue.

Comment s’orienter, à quels repères s’attacher, à quels signes se raccrocher. Après un moment d’hésitation, Amaliléa qui avait toujours fait preuve d’une grande force de caractère, décide de rebrousser chemin en revenant sur ses pas. Son allure se fait moins assurée, sa belle détermination commence à faiblir, elle a faim et besoin d’une pause. M’arrêter un moment, me blottir dans cette ombre là devant, me rassembler, rassembler mes forces . Ses paupières s’alourdissent, la voilà transportée dans un espace à la lumière diffuse, comme si la lumière venait de toutes parts et montait aussi du sol.

Elle se sent légère, comme faite de papier et de carton, prête à s’envoler. Devant, des chemins se croisent et s’entrecroisent, un entrelacs sophistiqué de lignes imbriquées les unes dans les autres sur plusieurs niveaux et qu’elle perçoit en même temps. Un mince filet de lumière vive semble l’appeler et la guider. Il descend de plus en plus bas en tournant et retournant, pour ensuite remonter le long d’une pente douce et enfin se retrouver tout en haut dans l’enchevêtrement.

Sans réfléchir, Amaliléa s’avance vers le chemin de lumière et se lance comme on se baignerait dans une rivière de montagne, apprivoiser la fraîcheur, prendre le temps avant de s’élancer tête la première.

Sensation de descente, gorge nouée , le chemin se resserre, il lui semble apercevoir flotter dans l’air des formes, un froid l’envahit. Suivre le chemin et voir où il conduira, ne pas se retourner, aller toujours vers l’avant, affronter s’il le faut ces étranges créatures immatérielles qui la frôlent et ne semblent que passer sans se préoccuper d’elle.

Mais oui, c’est cela, garder le cap et ne pas se laisser distraire, reprendre son souffle et laisser passer les ombres.

Le soleil brûle sa peau. Amaliléa s’étire doucement, elle sourit à cette belle nature qui l’entoure et reprend sa route. Les premières maisons pointent à l’horizon, vague de bien-être. Elle sait maintenant que « le labyrinthe n’est plus le chemin où l’on se perd mais le chemin qui revient » (G.Deleuze).