Mythes et Humour

Conte sous la voûte céleste

Atlas se contorsionne et grimace, agacé.

“Des siècles que je porte cette foutue voûte céleste, pas cinq minutes de repos. J’en ai marre, bon sang… Ah ben voilà, manquait plus que ça, mon dos me démange, là où bien sûr je ne peux pas me gratter. C’est le pompon!”

Un homme musclé, perdu dans ses pensées passe par là. C’est Héraclès le Héros qui vient de capturer les bœufs de Géryon. Il arrive près du Titan.

“Salut Atlas, ça fait? Moi je suis bien perplexe et fatigué. Je me poserais bien 5 minutes.”

“Hum, puisque tu en parles, figures-toi que moi aussi! C’est formidable tout ce que tu as fait jusqu’à présent! Tu n’as pas volé ta légende!”

Héraclès hausse les épaules.

“Mouais, je ne sais pas trop. Le monde est un total merdier et tout le monde compte sur moi pour tout arranger. Eurysthée me chipote les dix travaux que je dois faire pour expier mes erreurs passées, et je dois en accomplir deux de plus. J’ai un coup de mou mon vieux.”

“Tu rigoles, tes louanges montent jusqu’à moi! Les filles sont toutes dingues de toi, et je te ferai remarquer que, toi, tu peux aller, à ta guise, où bon te semble!”

“C’est vrai, c’est vrai, mais ces nanas hystériques sont souvent très connes, et ma vie se partage entre tuer des monstres, accomplir des exploits et sauter des idiotes au regard de truite.”

“Tu me pardonneras, mais moi au point où j’en suis, je crois que je serais capable de sauter une truite… Tu me gratterais pas le dos? Juste là, au milieu.”

Héraclès s’exécute sans enthousiasme. Puis il se déride un peu. “Et maintenant, je dois rapporter à mère-grand un petit pot de… Je rigole! Eurysthée veut faire de la compote des pommes du jardin des Hespérides. Ce jardin est à dache et les Hespérides et le dragon ne vont pas se laisser faire comme cela. Je te jure, il a de ces idées.”

“Tu n’es pas sans savoir que les Hespérides sont mes filles et que le jardin m’appartient?”

“Ah, j’avais oublié ce détail… T’es pas fâché?” Le mensonge était gros, mais Héraclès n’était pas à cela près.

“Au contraire, je crois qu’on va trouver un arrangement tous les deux. Héra a humilié mes filles en leur mettant ce dragon dans les pattes sous prétexte qu’elles volaient une ou deux pommes par-ci par-là. Lui en subtiliser quelques unes est une bonne vengeance à mes yeux. Je vais t’aider.”

“Et comment?  T’es coincé là?!”

“C’est simple, tu pourrais prendre un peu de repos en me rendant service, et je dégotterais pour toi les pommes sacrées : en échange porte-moi la voûte céleste pendant que j’accomplis ton devoir. Tu en garderas tout le bénéfice, personne ne saura que je t’ai aidé.”

“Heu, c’est que je me suis luxé l’épaule la semaine dernière en capturant ce satané bétail. Ça me fait un mal de chien…”

“Ta qualité de Demi-Dieu n’inclut pas le service Réparation Instantanée des Dommages Corporels ? Tu m’étonnes ?”

“Certes, mais ça prend du temps, et à force je vais avoir des rhumatismes. Tu te rends compte, à mon âge!”

“Je te trouve bien ronchon pour un Héros. Et tu les veux tes pommes ou quoi ?” Atlas perd patience devant la mauvaise foi manifeste d’Héraclès.

Il ajoute :”Tue le dragon d’une flèche longue visée dont tu as le secret, et j’irais te chercher les pommes. En échange tu me porte la voûte céleste vingt-quatre heures. A prendre ou à laisser.”

Héraclès n’a pas le choix. “Vingt-quatre heures maxi, je dois livrer les pommes demain soir. Eurysthée a un dîner et il veut épater ses convives avec les fruits d’Héra.”

“Ce n’est pas très malin de sa part, Héra a la vengeance impitoyable. Mais c’est son problème… Alors comment procède-t-on?”

Sur les indications d’Atlas, Héraclès lance un trait précis et puissant qui tue d’un coup le dragon. Puis il remplace Atlas sous le ciel. Celui-ci revient le lendemain, porteur de trois belles pommes d’or.

Tout ça pour trois golden…

Atlas n’a pas envie de reprendre son fardeau, sa liberté lui plaît, elle lui fait du bien. Il tente de convaincre Héraclès de le laisser porter les fruits à Eurysthée. Héraclès prévoit l’embrouille à venir, et prétextant le besoin de poser un coussin sur son épaule malade pour pouvoir tenir la charge vingt-quatre heures de plus, il rend à Atlas sa voûte.

Puis se sauve avec les pommes, moqueur. “Merci ami, tu ne serais jamais revenu, et moi j’ai mon propre destin à accomplir. Comment as-tu pu t’imaginer me posséder ?”

Rageur, Atlas tape si fort du pied, qu’en Ardèche, jaillit d’un coup le volcan géant des Boutières.