Mythe et poésie

La fuite d’icare

Quelle joie de quitter ces odeurs de moisi et de renfermé.

Icare s’élève dans le ciel d’été et le vent caressant lui apporte les parfums de l’île. Les arbres et la terre chaude, la mer et ses embruns iodés. Il doit se concentrer pour manœuvrer ses ailes tant ses sens sont stimulés après son long séjour dans le labyrinthe. Les senteurs le touchent, l’attrapent, le saisissent. Les rumeurs de la ville se mêlent au chant des oiseaux.

En peu de temps, il est déjà bien haut. Il contemple son père et sa prison. une fourmi sur un promontoire. L’odeur du Minotaure lui revient un instant, âcre, âpre. Pour lui échapper il monte encore, sans le réaliser.

La chaleur du soleil augmente et la mer est immense. Le ciel est à lui, il est enfin libre. Le parfum du suif des bougies qu’on allume le soir surprend ses narines, incongru dans l’azur. Avant de comprendre qu’il tombe, il bascule, l’aile détachée. La cire le mord et l’odeur de brulé le dérange.

Icare chute, l’exaltation devient terreur. Senteurs et images se mélangent, écœurantes,  l’iode et le thym, le sel et l’olivier, la cire et le sable, les animaux. Étourdi, assommé par la vitesse, il ne voit plus que le bleu de l’eau qui vite se trouble. Il n’entend pas le cri du vent de la chute.

Il va mourir mais ne sent déjà plus rien.