Liquide et couleur

Une femme marche le long des pages minérales, des pages végétales où résidèrent ses ancêtres.

Pages minérales, minéraux polychromes, vert soufré, ocres bruns, auburn, mordorés, minéraux en strates superposées où s’incrustent grès et fossiles. Contact rugueux de la surface irrégulière. Elle marche le long des pages minérales, pages semblables à des murs rupestres, à des parois néolithiques où se raconte la lutte de la nuit des temps. Encerclée par les traces de ces vies disparues, par leur chair retournée en poussière, elle a peur. Elle fuit ce monde de roches, de vestiges, de cendres, ce monde peuplé d’aurochs en furie, transpercés de flèches magiques, ce monde des terreurs oubliées. Elle marche, elle marche à la recherche d’un refuge, d’un refuge et d’une protection. La protection de la main rouge à paume ouverte.

Elle marche le long des pages végétales où résidèrent ses ancêtres. Forêts primaires où s’élèvent les fougères arborescentes et les banians aux racines aériennes enchevêtrées. Monde humide, étouffant, urticant. Tout grouille, rampe, bave. Encerclée par la multitude de ces vies informes, elle a peur. Elle fuit ce monde gluant et grimpe, grimpe de branche en branche, s’écorche les genoux, les mains, passe d’arbre en arbre. Elle s’extrait de la touffeur oppressante. Guidée par une lueur turquoise, elle atteint le promontoire.

En dessous d’elle, la surface ondulante du sommet des arbres, la canopée. Elle se balance, se balance, flotte au milieu des papillons verts et bleus à l’ocelle outre-mer.